4° dimanche de Pâques 29 avril 2012
Quatrième dimanche de Pâques
église de Trets
Père Brice de Roux
des pasteurs qui interrogent
L'Evangile du Bon pasteur nous appelle à découvrir combien l'Evangile est à la source d'une remise en question, d'une contestation, d'une interrogation du monde dans lequel nous sommes. La tentation est toujours une auto célébration capable de regarder notre entourage comme étranger voir même comme menaçant à l'équilibre pépère qui nous habite. Or, le Bon Pasteur est celui qui dérange. Celui qui vient jusqu'à nous y compris et surtout lorsque nous ne nous attendons pas à sa venue. Ces pays "éloignés" dans lesquels nous sommes perdus sont parfois tellement éloignés de l'Evangile que nous n'en avons plus l'idée. Il ne s'agit pas ici de géographie. Il s'agit de ces lieux où nous sommes installés, satisfaits, regardant le monde s'agiter avec un air à ne pas vouloir y toucher. Nous avons tous été témoins, et parfois artisans de ces belles formules sur "la tolérance" qui ne sont pas autre chose qu'une attitude dans laquelle on laisse filer parce qu'on ne veut pas s'engager ou bien cette attitude qui consiste à penser que le monde va mal et qu'il faut le remettre en question sans se remettre en question soit même. Voilà autant de pays lointains dans lesquels nous pourrions mourir de faim. Or, le Bon Pasteur est celui qui vient jusque là pour chercher la brebis perdue. Et le bon pasteur est parfois celui au quel on ne s'attend pas. Nous connaissons tous, par exemple la parabole de l'enfant prodigue. Mais avons nous pensé un instant que ce jeune homme pourrait être lui-même ce bon pasteur venu dans les régions lointaines de nos vies? Avons nous pensé que ce bon pasteur puisse être celui qui fait face à Pilate, dans le silence de la dignité et de la résistance, pour aller chercher jusqu'en ces lieux de déchéances l'humanité perdue. Cette résistance et cette constance se manifestent déjà au jour du discours inaugural dans une synagogue de Nazareth : "et lui, continuant son chemin passa au milieu d'eux". J'ai vu un jour un jeune homme aller chercher un troupeau de brebis pour les rentrer à la bergerie alors que le ciel menaçait. Et je l'ai vu faire sous un pluie battante : d'une dignité incroyable, regardant devant lui tout en ayant le soucis de ce qui se passait derrière lui. Il allait d'un pas égal pour conduire le troupeau vers son bercail…trempé jusqu'aux os. J'ai vu ce jour là le Christ mais aussi les pasteurs dont notre monde a besoin.
Des pasteurs qui ne jugent pas le monde mais l'interrogent, des pasteurs qui sont habités par le désir de la Vie, par cette lueur de la vie qui se manifeste en toute chose. La vie éternelle, le paradis, le miel et la gloriole, il s'en fichait écrivait Colum Mac Cann dans ce roman formidable "Et que le vaste monde poursuive sa course folle". C'était pour lui le vestiaire de l'enfer. Ce qui le consolait dans la vie réelle, c'est qu'en cherchant bien l'obscurité, on parvenait à distinguer une lueur, abîmée et meurtrie, mais une lueur quand même". Ce qui est essentiel c'est cette petite flamme qui ne meurt jamais, qui vacille toujours mais reste vivante tant qu'elle vacille. Cette lueur éternelle guide le pasteur non pas comme un horizon, ni même un but mais comme le moteur de sa vie, l'énergie qui le fait avancer, la confiance qui l'anime, l'appel qui lui permet de s'engager. Il ne cherche pas la vie éternelle, c'est elle qui le conduit et le guide. Notre monde a besoin de pasteurs animés de cette lueur. Elle n'est pas absente du monde mais elle y vient sans cesse, l'habite et nous précède, nous attend, nous convoque, nous donne rendez-vous. Il nous faut apprendre à la reconnaître et nous mettre à son service. Elle est la Vie même de Dieu manifestée en la nuit de Pâques et dans les nuits de nos vies. C'est cette lumière, racine même, raison d'être de notre existence qui ouvre le monde à cette liberté, cette vérité qui est toujours devant nous. C'est grâce à elle que nous pouvons devenir des pasteurs pour entendre les attentes de ce monde, pour en comprendre les soifs et les enjeux pour accompagner l'humanité dans la quête de réponses les plus humaines, les plus fraternelles, les plus solidaires. Au cœur de cette quête, de cette recherche des plus humaines se révèle alors toujours cette lueur du petit matin de Pâques qui n'a jamais quitté le cœur de Dieu. C'est cette lueur qui ne nous fait pas avoir peur de demain. C'est cette lumière qui donne du goût à nos existences, c'est cette vie qui seule nous appelle à nous engager corps et âme dans le monde d'aujourd'hui à la manière du Pasteur qui cherche sa brebis. Elle nous appelle et nous remet sans cesse en question. Amen.