Homélies

Vigile de Pâques 2010

Veillée Pascale : 3 avril 2010 Eglise de Rousset
Père Michel-Pierre Morin


La Pâque, passage du Christ dans notre vie.

Frères, qu’est ce que cette nuit a de spécial ? Pourquoi cette nuit diffère-t-elle des autres nuits ? C’est au cours du repas, alors que la table est mise, que la maison est propre, que la famille juive est rassemblée pour célébrer la Pâque, et c’est en même temps que la nôtre cette année. C’est quand la famille est rassemblée que le plus jeune enfant de la famille s’adresse au père et dit au père, « pourquoi cette nuit est spéciale pourquoi diffère-t-elle des autres ? ». Et le père explique, enseigne, partage, relit ces textes bibliques, fondateurs que nous avons entendus tout à l’heure. Et il rappelle que la célébration de la Pâque juive, c’est ce moment, c’est l’évènement où Dieu, avec son peuple, est passé par la mer destructrice pour atteindre un jour la terre promise à Abraham. Le passage de l’esclavage vers l’accomplissement de la promesse.

Aujourd’hui les Chrétiens célèbrent la Pâque. C’est la raison pour laquelle ils se replacent dans ce mouvement du passage du peuple hébreu à travers les eaux destructrices de la mer vers la Terre Promise, vers la promesse, car nous sommes, avec nos frères juifs, les enfants d’Abraham. Mais ce que nous célébrons en cette nuit spéciale, ce pourquoi cette nuit diffère de toutes les autres nuits, pour nous Chrétiens, c’est que nous célébrons l’évènement jamais achevé - alors que la Mer Rouge est achevée depuis 3 000 ans – du passage du Christ dans notre vie. Le mot « Pâques » signifie passage. « Pessah », le passage. Nous célébrons le Christ, fils de Dieu qui est passé dans notre chaire humaine et qui y a laissé, en y passant son âme. Nous célébrons le Christ qui est passé dans notre esprit humain, et qui y laisse son esprit saint. Nous célébrons le Christ qui est passé dans nos doutes, et qui y laisse sa vérité. Nous célébrons le Christ qui est passé par nos impasses, et qui y laisse son chemin. Nous célébrons le Christ qui est passé par nos abandons, et qui y laisse son pardon. Nous célébrons le Christ qui est passé par nos détresses, et qui y laisse sa tendresse. Nous célébrons le Christ qui est passé par nos souffrances, et qui y laisse sa patience. Nous célébrons le Christ qui est passé par notre silence, et qui y laisse son silence. Nous célébrons le Christ qui est passé par nos paroles, et qui y laisse sa parole. Nous célébrons le Christ qui est passé par notre mort, et qui y laisse sa Vie. Nous célébrons le Christ qui est passé par notre temps, et qui y laisse son éternité. Nous célébrons le Christ qui passe dans notre vie, en tous ses états et en toutes ses étapes, pour y laisser la marque de tous ses états à Lui, en toutes ses étapes de vie.
La Pâque des Chrétiens, c’est la célébration dans la nuit de ce que le Christ passe dans nos vies et y laisse de sa présence. C’est la raison pour laquelle nous célébrons la nuit, parce que la nuit, c’est le mystère. C’est ce que l’œil ne voit pas d’évidence. C’est ce que la raison ne comprend pas immédiatement. C’est ce que l’œil ne voit pas la nuit.
Les Chrétiens célèbrent la Pâque du Christ, le passage du Fils de Dieu dans la vie de l’humanité. Voilà pourquoi cette nuit est spéciale. Voilà ce qui la différencie de toutes les autres nuits. Voilà ce qui marque les Chrétiens, car les Chrétiens sont des gens qui sont marqués. Etre Chrétien c’est une marque – oh, ce n’est pas une marque publicitaire, en tout cas ça ne marche pas beaucoup actuellement, ce n’est pas une marque de produit de consommation, d’ailleurs si on consommait d’avantage la foi on se porterait peut être mieux…, ce n’est pas une marque très médiatique, ce n’est pas très porteur dans les médias la marque « Chrétien », suivez mon regard – mais les Chrétiens sont des hommes, des femmes, des enfants, des « minots », quelle que soit leur étape de vie, leur étape de vie qui porte en eux le mystère de la marque du Christ qui est passé en eux et qui passe en eux à chaque fois qu’ils leur laissent la place, à chaque fois qu’ils acceptent de rouler la pierre de quelque tombeau que ce soit pour laisser la Résurrection envahir notre vie. Le Christ est un marqueur. Il vient marquer chaque étape, et chaque étape de notre vie, parce qu’Il les a vécues de sa marque à Lui pour leur donner le sens d’éternité.
Et qu’est ce que l’Eglise ? Et qui sont les Chrétiens ? Et bien les Chrétiens sont ce peuple marqué qui vont aller vivre avec les autres, même si les autres ne le remarquent pas encore. Ils vont aller vivre avec les autres ce passage du Seigneur dans leur vie à eux. Pour que le Seigneur un jour, mystérieusement, passe dans la vie de ceux avec qui ils vivent. Pour que le Christ marque les autres de sa tendresse, il faut que les Chrétiens vivent avec les autres leur détresse. Pour que le Christ marque de sa vie, de son amour, l’amour des autres, et bien il faut qu’ils aillent aimer les autres. Pour que le Christ touche par son pardon les autres, il faut que les Chrétiens aillent vivre ce pardon. Pour que le Christ signifie sa patience dans toute souffrance, il faut que les Chrétiens partagent la souffrance des autres ; autrement le Christ passera, la Pâque n’aura pas lieu. Nous célébrons la Pâque que le Seigneur vit pour nous, nous la célébrons dans l’église, dans les murs pour aller la célébrer hors les murs. La Pâque du Christ est présente lorsque le Chrétien laisse passer ce Christ dans sa vie, mais le retient pas, le laisse passer vers ceux avec qui il vit.
C’est cela l’Eglise. Tout le reste, c’est de l’intendance.
Nous célébrons le Christ en sa Pâque à travers chacune de nos vies, en sa Pâque qui fait l’Eglise rassemblée et en sa Pâque qui fait l’Eglise dispersée dans le monde pour permettre au Christ un jour de vivre sa Pâque dans tous les membres de l’humanité.
C’est donc la fête du Christ marqueur et c’est la fête de notre marque baptismale. Ce n’est pas seulement la fête des nouveaux baptisés… si seulement ils pouvaient nous rappeler que nous avons, nous été baptisés !
Le Pape Jean-Paul II - il est mort il y a exactement 5 ans - lors de sa première visite en France s’était adressé aux Chrétiens de France : « Qu’avez-vous donc fait de votre baptême ? » Frères et sœurs chrétiens aujourd’hui, les baptisés en tout cas et les autres qu’avez vous donc fait de votre baptême, que faites vous de votre baptême ?
Vous connaissez « Manon des Sources » ; un jour la source a tari, Ugolin a joué au diable, Ugolin a scellé la source, et les champs n’ont plus fleuri, et la fontaine du village a tari. Frères et sœurs chrétiens qui a la source ? C’est vous. Mais que faites vous de cette source ? Est-ce que vous l’avez obstruée une fois pour toutes? Baptisé, c’est inscrit dans mon carnet, j’ai encore trois souvenirs non pas de mon baptême mais le souvenir de ma première communion et je ne sais quoi d’autre… Alors la source est scellée et les terres humaines sont stériles, et l’humanité se dessèche, et la désespérance s’installe, et le temps devient du néant, quand à la mort, c’est le point final. Si les Chrétiens baptisés, chacun personnellement, se mettaient à jour à desceller la source qu’ils ont comblée par indifférence, par toute autre raison. A ce moment là, les champs, la terre, l’humanité - au moins les voisins – pourraient vivre de quelques fruits spirituels, et la fontaine du village pourrait renouer avec l’eau qui coule pour tous, pour tout le monde et toujours, même pour les animaux.
Le Pape Jean XXII aimait à dire : « la paroisse, la communauté chrétienne, c’est la fontaine du village ». L’Eglise c’est la fontaine de l’humanité. Mais l’Eglise, c’est chacun d’entre vous marqué par le Christ, c’est nous tous ensemble, pour l’humanité. Alors, est-ce que le Christ va continuer sa Pâque, célébrée ici, ensemble, pour aller la répandre, la signifier, la manifester à tous les hommes de ce temps dont on dit, paraît-il, que d’une façon ou d’un autre, ils meurent de soif ?


 


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