Homélies

Messe du Jour de Noël 2011

 

Messe du Jour de Noël
Dimanche 25 décembre 2011
église de Trets
Père Brice de Roux
 
Commerce de la Parole et de la Chair
 
Le verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Qu’est-ce qui se fait chair en nous ce matin ? A part peut-être la fatigue de la nuit ? Qu’elle expérience de Dieu habite notre vie ? Dieu n’est pas un savoir ni même un concept. Il est à vivre jusque dans notre chair et c’est ce que Saint Jean pose en premier dans son Evangile, dans  sa Bonne Nouvelle. « Dès qu’on parle de Dieu sans Le vivre, on Le trahit, en en fait une idole, un mythe absurde et abject, on en fait une limite et une menace, et on devient athée » aime à dire le Père Maurice Zundel.  Faire l’expérience de Dieu se vit dans la chair, dans notre « sac de peau ». Là, Dieu nous a donné rendez-vous en cette nuit. Non pas en ce qui est lumineux à la face des hommes mais en ce qui est obscur et caché : une étable, des bergers exclut de la société du moment, un enfant fragile comme tous les enfants. Dans le dénuement le plus complet et le plus charnel : Dieu nous donne rendez-vous pour une expérience. Une expérience qui ne fait que commencer et qui va se déployer dans les pages de l’Evangile. De la crèche, des Noces de Cana jusqu’au Crucifiement comme le dira à sa manière le chant « il est né le divin enfant ». Des moments heureux comme des moments plus douloureux : toute notre vie d’homme devient le théâtre, le lieu de la révélation du visage de Dieu. Tant que nous ne l’avons pas touché, tant que nous ne nous sommes pas battus avec lui comme Jacob, tant que nous ne sommes pas sortis de nos idées toutes faites et de notre confort…nous demeurons des « athées ». Ces derniers ne sont pas toujours où on le croit et où on le pense. Ils sont avant tout là où toute chair est bannie, exclue, mal traitée, ignorée, inassumée, mise de côté. Car être « sans Dieu » ou « contre Dieu » c’est être sans le regard qu’Il porte dur l’Homme, dans le refus de la Foi que Dieu porte en tout homme et toute femme. Les croyants digne de ce nom n’ont pas peur en revanche de conjuguer l’affect, l’effort, le don, le renoncement, ce qui coûte, ce qui fait aller à la rencontre de l’autre, ce qui rend heureux, ce qui transporte de joie, ce qui apaise, ce qui dérange, ce qui déborde, ce qui, en un mot, se vit. Les parents savent combien un enfant est capable de susciter tout cela. Les croyants ne sont pas d’abord ceux qui font de beaux discours sur Dieu, ils sont avant tout ceux qui parlent avec leur chair et font de leur vie une parole. Jésus n’était pas un agitateur de plus, un révolutionnaire à la mode. Il était et demeure cette parole qui donne du poids à la chair des hommes, il se présente comme un chemin, comme la Vie qui se donne et appelle tout à la fois. Il fait alors de nos vies d’homme comme un sanctuaire où l’amour peut se dire et se célébrer. Lieu où il se donne à voir et se laisse voir, Lieu où il se donne à toucher et se laisse toucher, Lieu où il se donne à aimer et se laisse aimer… C’est là qu’un dialogue peut s’entamer et se conduire. Non pas comme une conversation mais comme « un commerce » selon l’expression même de Sainte Thérèse de Jésus, un échange, un don réciproque. Martin Buber, dans le message hébraïque, soulignait cette capacité du peuple d’Israël de ne pas s’être contenté d’enseigner le seul vrai Dieu mai d’avoir montré « qu’il était possible en réalité de Lui parler, de lui dire « Tu », de se tenir debout devant sa face et d’avoir avec lui un commerce réel ». Aujourd’hui, ce commerce réel n’est plus seulement celui de la Parole, il est aussi celui de la chair, de nos vies d’hommes, de femmes où la Parole a fait sa demeure. Echange à vivre, don réciproque où l’humain et le divin ne font plus qu’un et s’offrent à nous comme un seul et unique chemin que nous sommes appelés à parcourir.  Amen.

 


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