1° dimanche de Carême. 26 février 2012
Homélie du premier dimanche de Carême
Le 26 février 2012
Père Brice de Roux
Traverser le désert comme des vivants
Je lisais ces derniers jours, dans un quotidien, un article sur la situation économique de notre pays intitulé "La France Tétanisée". Je n'ai ni l'intention ici, ni la compétence d'ailleurs, de me lancer avec vous dans une analyse économique. Et je pense que ce n'est pas le lieu. Mais cet article m'a fait réfléchir. L'auteur faisait remarquer que nous ne sommes pas immobiles mais immobilisés. Quelque chose nous arrête, nous empêche, nous retient, nous replie. C'est vrai qu'au delà de la question de la vie économique nous sommes parfois enfermés dans des habitudes, des manières d'êtres, des postures qu'il est difficile de quitter. C'est vrai de tant de choses dans nos existences, à commencer par notre vie spirituelle. Faisons attention de ne pas compartimenter notre existence ; mais reconnaissons que la vie spirituelle est comme un moteur pour notre vie. Immobilisés, ce qu'il nous manque sans doute c'est d'un esprit. Un Esprit qui puisse nous pousser comme il pousse Jésus dans le désert. Cela n'enlève en rien le défi du désert, du difficile à traverser. Mais cet Esprit nous met en route et nous garde de ne pas nous ensevelir ou nous enliser dans les sables qui sont à parcourir. Comme Abraham, cet Esprit nous invite à nous mettre en route. Jésus est bien ce Dieu venu épouser la vie des hommes, prendre sa place dans la lignée, j'allais dire la "caravane", de la descendance d'Abraham. Et il nous entraîne avec Lui. Cet esprit dont il se laisse habiter, qu'il nous invite aussi à accueillir nous permet de découvrir cette chose extraordinaire. Si nous ne savons pas très bien où nous allons, si nous ne voyons pas très clair, pourrions-nous être mieux lotis qu'Abraham?, quant à la destination de notre marche : il y a en nous ce lieu intérieur qui se présente comme la Bonne Terre, ce lieu où nous sommes invités à jeter nos racines, à venir reprendre des forces. Ce lieu, cette terre est notre cœur, le cœur de tout homme, de toute femme. En chacun de nous il y a ce lieu de bonté, cette joie de vivre, cette capacité à nommer ce qui est bon. Nous ne sommes pas des êtres foncièrement mauvais. L'égoïsme, l'immobilisme ne font pas parti de notre nature. Certes tout n'est pas parfait, certes nos attitudes blessent parfois le cœur de Dieu. Mais comme au temps de Noé il y a toujours un juste en notre humanité, en cette humanité dont nous sommes pétri. Et Dieu voit ce qui est juste en nous et veut le sauver des eaux du déluge. Il nous donne pour cela son esprit, afin que nous puissions nous mettre en route et entrer en son alliance. Esprit répandu alors dans notre cœur, en ce lieu de la Vie que nous portons en nous, comme en germe, pour qu'elle puisse grandir, pour qu'elle puisse être comme ce lait et ce miel qui ne demande qu'à jaillir et faire de notre vie intérieure une terre promise. La marche à laquelle nous sommes appelés est une aventure intérieure. Le pays à découvrir est ce pays du cœur. C'est sur ce chemin que Jésus marche avec nous, nous invite alors à un dialogue et ouvre pour nous une trajectoire nouvelle et possible : celle du don. Ce don qui nous appelle, qui nous invite. Ce don qui a toujours une longueur d'avance, que rien ne peut rattraper : car au cœur de ce compagnonnage, comme l'a souligné saint Pierre, Jésus s'est avancé une fois pour toutes ; car dans les combats avec Satan, Jésus nous a devancé, a ouvert un chemin. Il ne l'a pas parcouru pour nous : il a su dire "Oui" à la vie sans fléchir et nous a donné le pouvoir de dire "oui" à notre tour. Il nous revient de le prononcer pour nous mettre en route et franchir alors ces obstacles de l'existence comme des vivants et non pas comme des hommes et des femmes terrassés par la mort, tétanisés par la peur, immobilisés par l'adversaire. Amen.