Jeudi 25 mars 2010

Cinquième Halte de Carême, le jeudi 24 mars 2010
 
 
Eglise de Rousset
"Appelés à Renaître"
Chanoine André Heckenroth
 
 
Parabole du Pharisien et du collecteur d'impôts
Il dit encore la parabole que voici à l'adresse de certains qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l'un était pharisien et l'autre collecteur d'impôts. Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : "Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, malfaisants, adultères, ou encore comme ce collecteur d'impôts. Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme de tout ce que je me procure. « Le collecteur d'impôts, se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » Je vous le déclare : celui-ci redescendit chez lui justifié, et non l'autre, car tout homme qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé. »



Méditation sur le Pardon

Introduire une méditation sur le pardon pour nous inviter à renaître demande de croire d’abord à une réalité que nous avons du mal à reconnaître : le Péché. Je n’en veux pour preuve que cette réaction d’un excellent jeune homme de 18 ans, jusque là pratiquant et qui brusquement perd la foi car il lui paraît scandaleux de commencer la messe par la confession des péchés. Ou encore, cette réflexion après des obsèques à l’église : « comment ! vous avez osé parler, dans une prière, des péchés du défunt ! » ou encore, plus simplement, pour chacun de nous, cette difficulté à se confesser : « mais enfin, que vais-je dire ? le Seigneur sait tout cela… à quoi bon ? » On ignore (ou l’on veut ignorer) que le Péché constitue le plus grand obstacle à notre bonheur, à notre liberté intérieure, qu’il est offense à Dieu et source de repliement sur soi. Notre vraie personnalité est au-delà du Péché.

J’ai profité des mois d’hiver pour relire la totalité de l’Ancien Testament et j’ai été frappé de voir combien le péché de l’homme – péché collectif, péché personnel – est présent à toutes les pages, en particulier dans les psaumes ou chez les Prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel. Dieu est toujours prêt à pardonner mais il attend de nous le repentir, le retour. « Nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d’eux, comme pourrions-nous vivre ? Par ma vie, -oracle du Seigneur Dieu – est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant ? Bien plutôt à ce que le méchant change de conduite, qu’il se convertisse et qu’il vive ! » (Ezéchiel) Isaïe dira : (et c’est Dieu qui parle) « Otez votre méchanceté de ma vue, cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, recherchez le droit. Secourez l’opprimé, soyez justes pour l’orphelin, plaidez pour la veuve. Venez donc et discutons, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront. Quand ils seraient rouges comme le vermillon, comme laine ils deviendront. » La plupart des textes de la liturgie du Carême vont dans ce sens.

La première attitude fondamentale dans ce retour vers Dieu, c’est de prendre conscience de notre péché. A cet égard, le psaume 50 – qu’on appelle le Miserere – résume bien l’attitude du pécheur repentant. Je relis quelques passages. Laissez-les retentir en vous. C’est de vous – c’est de moi – qu’il s’agit :

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans Ton Amour !
Selon Ta grande Miséricorde, efface mon péché
Lave-moi tout entier de ma faute,
Purifie-moi de mon offense
Oui , je connais mon péché,
Ma faute est toujours devant moi
Contre Toi et Toi seul j'ai péché
ce qui est mal à Tes yeux, je l'ai fait !

Tu veux au fond de moi la Vérité;
dans le secret, Tu m'apprends la Sagesse.
Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur;
Lave-moi et je serai blanc plus que la neige

Détourne Ta Face de mes fautes,
Enlève tous mes péchés

Rends-moi la joie d'être sauvé;
que l'Esprit généreux me soutienne
Aux pécheurs j'enseignerai Tes chemins;
vers Toi reviendront les égarés

Si j'offre un sacrifice Tu n'en veux pas
Tu n'acceptes pas d'holocauste
Le sacrifice qui plait à Dieu, c'est un esprit brisé
Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé ! »

Ce qu’il y a de merveilleux dans ce retournement vers Dieu, c’est que nous ne sommes jamais humiliés, jamais abimés par notre aveu, fait dans la confiance.
Humilité, certes, toujours à cultiver. Mais pas d’humiliation. Et même dans les plus grandes fautes. Saint Paul pouvait dire, lui qui avait sur la conscience la participation au meurtre d’Etienne et d’autres peut être – « le Seigneur m’a pardonné. Et maintenant il me fait confiance » (1 Timothée, 1/12-13)

En écoutant maintenant la parabole du Pharisien et du Publicain, demandons au Seigneur d’imiter la confiance et l’humilité de ce dernier : Luc, 18/9-14

Humilité confiante du pécheur. Joie du Père qui retrouve son enfant. Rien de plus beau que les trois paraboles de la miséricorde en Saint Luc chap. 15. Brebis perdue et retrouvée. Drachme perdue et retrouvée. Le retour de l’enfant prodigue. Parabole indépassable…

Un père avait deux fils… Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part d’héritage qui doit me revenir » - et le père partage son avoir. Et le fils partit pour un pays lointain. Après les joies éphémères de la liberté, c’est la famine, c’est la misère. Alors germe l’idée du retour. « Combien d’ouvriers de mon père ont du pain de reste et moi, ici, je meurs de faim. Je vais aller vers mon père et je lui dirai : « père, j’ai péché contre le Ciel et contre vous. Je ne mérite pas d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers ». Quelle merveilleuse réaction du Père qui n’attendait que çà ! On peut compter jusqu’à dix les attitudes, les initiatives de ce Père vraiment très bon : de vraies folies. Il est le premier à apercevoir son fils. Il le voit de loin. Il est pris de pitié – aux tripes – devant le dénuement de son fils. Il court, se jette à son cou, le couvre de baisers. Vite la plus belle robe, l’anneau au doigt, les sandales aux pieds, le veau gras et le bon repas, la musique et les danses. Mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé. C’est le père qui est le plus heureux.

Bien des fois, Jésus a insisté pour nous faire comprendre, réaliser, notre faiblesse, notre péché. Quand le paralytique, porté par quatre hommes, est descendu par le toit de la maison dans la pièce où se trouvait Jésus. Jésus commence par dire « tes péchés te sont pardonnés » avant de dire « lève-toi et marche ». La blessure du cœur est plus grave que les blessures du corps. La santé de l’âme passe avant. Et dans le peu de temps qu’à duré la vie publique du Christ, que de rappels : le baptême au Jourdain.
La tentation au désert… et les embûches du démon, la prière du Pater : pardonne-nous nos offenses… et le don de sa vie : « ceci est mon corps, livré pour vous. Ceci est mon sang, versé pour la rémission, le pardon des péchés… »
En Provence, à la Sainte Baume, nous aimons bien Marie-Madeleine, Marie de Magdala. On dit qu’elle a passé de nombreuses années dans la grotte pour pleurer ses péchés. Dans le texte de Saint Luc 7/36, le récit de sa conversion – elle revient de loin – s’accompagne effectivement de ses larmes. Cela est dit trois fois. [« Pleurer comme une Madeleine » est une expression passé en français.] Mais Marie de Magdala ne pleure pas sur elle, sur ses péchés, sur sa vie de désordre. Ce serait très malsain. « Fuyez comme l’enfer, le souvenir de vos péchés. » nous dit un mystique de l’école française du XVIIe siècle. Elle pleure de découvrir la tendresse de Jésus qui ne lui fait aucun reproche et l’accueille et lui pardonne. Plusieurs saints ont eu le don des larmes. Ils n’étaient pas particulièrement sensibles mais de se savoir aimé et pardonné par Dieu déclenchait leur émotion. Le roi Saint Louis versait des larmes chaque fois qu’il méditait sur la Passion de Jésus. Et c’est vrai que le pardon qui nous est accordé – toujours accordé – se relie à la Croix de Jésus et au temps de Pâques.

Voilà, je ne vous ai rien appris et je ne sais pas si vous êtes mieux renseigné sur le sacrement, de la réconciliation. Mais je crois avoir dissipé quelque peu la gêne qui accompagne parfois la confession. C’est un plaisir pour Dieu de nous voir revenir à Lui. Ne le privons pas de ce plaisir.