Jeudi 4 mars

 

Deuxième Halte de Carême, Jeudi 4 mars 2010 à Puyloubier
 
 
 
 
 
 
(Luc 4, 14-30)
 
Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. Jésus vint à Nazareth où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue et se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il est écrit :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres ;
annoncer aux captifs la délivrance,
et aux aveugles le retour à la vue,
rendre la liberté aux opprimés,
proclamer une année de grâce du Seigneur. »
 
Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Alors, il se mit à leur dire :
«Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’écriture.»
Et tous lui rendaient et témoignage, et étaient en admiration devant ses paroles pleines de charme qui sortaient de sa bouche.
 
Et ils disaient :
« N’est-ce pas le fils de Joseph ? » 
Mais, il leur répondit :
« A coup sûr vous allez me citer le dicton : médecin guéris-toi toi-même. Tout ce qu’on nous a dit s’être passé à Capharnaüm, fais-le de même ici dans ta patrie. »
Puis, il ajouta :
« En vérité, je vous le dis ; aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie.
Assurément, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, lorsque durant trois ans et six mois le ciel demeura fermé et qu’une grande famine sévit dans tout le pays ; pourtant c’est bien à aucune d’elles que fut envoyé Elie, mais bien à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon. Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d’eux ne fut guéri, mais bien Naaman, le Syrien. »
 
A ces mots, tous dans la synagogue furent remplis de fureur. Et, se levant, ils le poussèrent hors de la ville, et le conduisirent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle leur ville était bâtie, pour l’en précipiter. Mais, lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin…
 
 
Extrait de la Lettre Pastorale : Vivre l’Eglise autrement
1 – Nous voulons être une Eglise qui porte l’Evangile
 
Bonne Nouvelle de bonheur annoncée et accomplie par le Christ, Révélation d’un Dieu présent à l’histoire du monde, l’Evangile attendu. Nous sommes témoins des quêtes et requêtes profondes de nos contemporains, de leurs attentes et de leurs espoirs, nous les faisons nôtres. « La mission évangélisatrice de l’Eglise prime sur toutes les préoccupations d’ordre organisationnel » disions-nous à notre assemblée de Pentecôte !
 
Nous voulons être une Eglise qui se fait proche de tous, attentive à chacun, sans faire de différences entre les personnes.
«Par l’Eglise, c’est le Christ qui veut s’approcher des hommes »
 
Nous voulons être une Eglise qui aime le monde, qui s’émerveille de la vie, qui fait sienne la cause des humains. « L’attention au monde de ce temps, la connaissance de la société contemporaine, l’estime de ce que vivent et cherchent toutes les personnes sont des exigences incontournables pour l’apôtre de ce temps ici et maintenant… Les prêtres sont garants d’un regard positif, confiant et bienveillant, de leur communauté sur le monde. Seule une « ecclesia audiens » (en état d’écoute) peut aussi être une « eclesia docens » (qui enseigne).
 
 
Partage du deuxième jeudi de carême
 
              
 
Dans un premier temps autour de la Parole de Dieu, chacun a pu s’exprimer pour partager la manière avec laquelle il a reçu ce texte et la lecture qu’il en fait.
Dans un deuxième temps, en lien avec le paragraphe de la Lettre Pastorale intitulée « Nous voulons être une Eglise qui porte l’Evangile », voici ce que nous avons partagé :
-     Etre des témoins. Il faut que nous ayons le courage de montrer et d’expliquer. Il est important d’être à l’écoute et de tendre la main.
-     Jésus nous apprend que le porteur de la Bonne Nouvelle s’adresse à tous. Il est présent auprès de tous d’une manière particulière qui ne l’enferme pas dans une relation seulement « sociale ». Il lui revient de porter Jésus, de le montrer et d’en témoigner. Il lui faut vivre de la vie de Dieu jusqu’à « porter ma croix » avec Lui.
-     L’Eglise doit s’adresser aux chrétiens comme aux non-chrétiens.
-     Etre actif dans l’Amour du prochain. S’investir. Et pour cela, accueillir l’amour de Dieu.
-     Nous sommes appelés à une certaine exemplarité, ce qui est exigeant.
-     Pour être une Eglise qui se fait proche de tous il nous faut apprendre la simplicité et l’humilité. Ne pas hésiter à témoigner, à être ouvert et à l’écoute du prochain. Une parole, un geste, une écoute suffisent parfois. Donner un témoignage d’espérance et de joie.
-     L’Evangile est attendu. On le voit à travers les préparations du mariage, du baptême ou bien lorsque l’on accompagne les familles en deuil.
-     Il faut soigner nos relations avec les autres, nos comportements d’accueil, de disponibilité et d’ouverture. Et surtout ne pas avoir peur d’oser.
 
 
 

Méditation : Père Brice de Roux
   

Le « groupe Bible » qui s’est constitué le jeudi a choisi de travailler l’Evangile de Saint Luc. Les rencontres des « jeudis de carême » pouvaient-elles éclipser le travail de ce groupe Bible ? De plus lorsqu’il travaille l’Evangile de Saint Luc ? Saint Luc est cet Evangéliste qui nous appelle à emprunter de manière résolue le chemin qui mène à Jérusalem. Comme nous nous le sommes dits la dernière fois, les chapitres 9 à 19 nous font voir Jésus monter à Jérusalem, et y monter pour y mourir et y ressusciter.
         Vous avez travaillé il y a quelques instants le texte de Luc au chapitre 4, verset 14 à 30. Ce discours inaugural à la synagogue de Nazareth nous appelle à être à notre tour porteurs de l’Evangile. Qu’est-ce qu’un porteur de l’Evangile ? C’est ce portait qui est dressé pour nous par saint Luc au cœur de cet épisode.
         Ancré dans l’Ancienne Alliance, notre texte nous fait vivre un passage dans la Nouvelle Alliance, un chemin qui s’ouvre et qui ne craint pas la mort. Le texte d’Isaïe au chapitre 61 est ainsi lu au cœur d’une synagogue que Jésus connaît bien. D’une synagogue dont les membres connaissent bien Jésus. Il est chez lui. Il est en famille. Isaïe dresse le portrait de celui qui porte la Bonne Nouvelle :  il est habité de l’Esprit Saint et il est consacré par l’onction. Plus que le message, l’attention est portée sur le messager. L’Esprit Saint l’habite et le pousse. L’Esprit Saint est l’acteur de la mission. On ne s’envoie jamais soi-même en mission au risque de perdre l’essence même de ce qu’est une mission. Même Jésus se laisse conduire par l’Esprit jusque dans les déserts de nos vies comme nous l’avons vu lors du premier dimanche de carême. Il est envoyé. Envoyé et mis à part par l’onction qui lui est donné : il est le Christ, celui qui est mis à part avec un objectif bien particulier : pour être envoyé aux pauvres. Et ces pauvres sont énumérés comme autant de destinataires du message, de la Bonne Nouvelle : aux captifs, aux aveugles… cette Bonne Nouvelle libère, illumine… Ce qu’elle apporte n’est pas de l’ordre d’un bienfait matériel. Elle fait entrer dans la Vérité dont elle est porteuse. Mais les auditeurs de Jésus ne l’entendent pas ainsi. Ils n’y voient que des choses extraordinaires ! Une aubaine pour ce « trou » de Nazareth. Le malentendu ira grandissant jusqu’à éclater au grand jour : « N’est-il pas le fils de Joseph ? » Poser ainsi la question, c’est ramener Jésus à ces relations au cœur desquels on cherche à l’enfermer. Jésus ne sera pas un « petit prédicateur local à la botte de ses interlocuteurs » : il est venu pour autre chose. On ne peut pas enfermer, ni le message ni le messager. Car le messager vit lui-même du message. Et ce message libère les opprimés et fait vivre de la grâce du Seigneur, de la Vie de Dieu. Le messager est habité d’initiative, d’audace, d’esprit d’entreprendre. Il va, il bouge. Il ne reste pas en un lieu où il s’enferme jusqu’à ce qu’on le trouve. Il n’est pas celui qui est au bout du chemin et qui attend qu’on vienne jusqu’à lui. Le porteur de la Bonne Nouvelle ne peut contenir sa Bonne Nouvelle qui le guide, le pousse, l’encourage à tout faire pour aller à la rencontre de l’autre, de celui à qui s’adresse le contenu du message.
         De quel message s’agit-il ? De quelle Bonne nouvelle est-il porteur ? La Vie est plus forte que la mort. Un message simple et vivant. Un message résumé en un mot que nous devrions tous connaître par cœur : le Kerygme. Kerygma signifie « proclamation, prédication ». Une annonce bien particulière : celle de Jésus, devenu Christ, Seigneur, Sauveur par sa résurrection. Comment être porteur d’un message de salut si l’on n’est pas sauvé soi-même par le message que l’on porte ? C’est pour cela qu’elle est portée aux pauvres, aux aveugles, aux opprimés, aux captifs… à tous ceux et celles qui ont besoin du salut. Les auditeurs ont-ils compris que les pauvres, les aveugles, les opprimés, les captifs c’étaient aussi chacun d’eux ? Ont-ils saisi qu’ils vont devoir sortir de chez eux, de leurs habitudes, de leur manières de vivre pour se convertir, pour accueillir la Bonne Nouvelle ? Loin de l’accueillir ils restent aveuglés et captifs par des étroitesses de l’esprit, par des calculs qui conduisent à la mort. Ils se laissent enfermer par leur jalousie et leur repli sur eux-mêmes : « ce que tu fais à Capharnaüm, fais le ici », chez nous, pensent-ils en secret. Jésus va mettre le doigt, là où, justement dans ce village il y a de l’aveuglement et des servitudes. Jésus, porteur de la Bonne Nouvelle, va porter cette Bonne Nouvelle à ses contemporains afin qu’ils la portent à leur tour ou du moins qu’ils en vivent. Mais, voilà, la Bonne Nouvelle en question oblige à sortir de chez soi, à aller à la rencontre de l’autre. Elle s’adresse à tous, au-delà des frontières.
 
         La prédication de Jésus est-elle un succès ? On peut dire qu’elle est un échec. C’est étonnant que l’Evangile s’ouvre par un échec. Mais cela nous met face à la vérité vis à vis de ce que nous portons. Il nous oblige à ne pas nous installer, à emprunter ce chemin qui passe par Jérusalem et sur lequel la mort, l’échec n’ont pas le dernier mot ! La Bonne Nouvelle invite à marcher et à prendre place ? Et Jésus « passant au milieu d’eux, allait son chemin … ».
         Lorsque nos évêques nous ont écrit : « nous voulons être une Eglise qui se fait proche de tous, attentive à chacun », ils nous exhortent à emprunter ce chemin qui mène jusqu’au cœur de tout homme et de toute femme. Ce chemin que Jésus emprunte est la Bonne Nouvelle dont nous sommes porteurs. Ce chemin, Jésus l’ouvre pour nous. Jésus déjoue tous les pronostics dont nous avons le secret, tous les calculs dont nous sommes capables afin de se frayer une issue au milieu de ces méandres qui aboutissent le plus souvent en une impasse. Il aboutit toujours au cœur de l’homme. Le chemin qui monte à Jérusalem est un chemin qui s’ouvre au monde, rejoint le monde, s’émerveille de la vie, sait la reconnaître. Un chemin qui sait surtout reconnaître ce que les évêques appellent « l’attente de l’Evangile ». Croyons-nous que l’Evangile est encore et toujours attendu ? Là où nous ne nous y attendons pas ? A Capharnaüm ? Jusque chez les Païens ? A tout homme ?