Messe de la veille du Jour de l'An
Homélie du 31 décembre 2011
Messe d'action de grâce pour l’année écoulée
Eglise de Rousset
Père Brice de Roux
"J'ai découvert ce secret : après avoir gravi une haute colline, tout ce qu'on découvre, c'est qu'il reste beaucoup d'autres collines à gravir. Je me suis arrêté un instant pour me reposer, pour contempler l'admirable paysage qui m'entoure, pour regarder derrière moi la longue route que j'ai parcourue"écrit Nelson Mandela dans ses Mémoires "un long chemin de liberté". Il n'est pas un saint, ni un Père de l'Eglise mais ces mémoires sont l'occasion d'une vraie réflexion d'une certaine humanité.
Certes, nous ne sommes pas Nelson Mandela et l'année qui vient de s'écouler n'a pas connu de difficultés comparables aux siennes. Mais, comme lui, ce soir, nous voulons nous arrêter, nous reposer, c'est-à-dire « se poser de nouveau »… avant de repartir demain pour une nouvelle année. S'arrêter pour contempler, regarder, faire mémoire de ce qu'il y avait d'admirable. Certes tout n’a pas été formidable, des difficultés se sont présentées à nous durant ces mois écoulés. Comme le dit lui-même Nelson Mandela, nous avons, nous aussi et à notre manière grimper une colline. Nous savons qu’il y en aura d’autres. Comme j’aime le dire souvent, « les arbres qui tombent font beaucoup de bruits dans la forêt et empêchent parfois d'entendre ceux qui poussent". Les combats sont ainsi faits qu'ils nous détournent parfois de ces lieux de vie. Ce soir, nous ne voulons pas perdre de vue ces lieux de vie, ces lieux qui nous ont fait vivre. Nous ne voulons pas nous laisser emporter par ce difficile mais nous voulons nous laisser rejoindre pour dire « merci ». Pourquoi dire "le diable, le diable" quand on peut dire "mon Dieu, mon Dieu" disait Thérèse de Jésus à ses sœurs. La chose la plus terrible c'est d'être en effet détourné de la source de notre existence, d'être entraîné en des chemins où nous perdons de vue que nous sommes des vivants et faits pour la vie. Jésus est ce Dieu venu en notre chair pour habiter notre regard, pour nous donner de voir ce que nous avons du mal à voir. Il ne remplace pas ce que nous sommes, Il ne fera pas à notre place… Il nous met à notre place. Il nous donne la force de sa présence, il fait sa demeure en nous… au point que notre regard est habité par son regard, notre cœur est habité par son cœur, nos mains peuvent devenir l'expression même de ses mains, nos pieds ont désormais la beauté des pas du Sauveur. Souvenez-vous de la nuit de Noël en laquelle nous avons découvert que ce n'est pas la lumière qui nous manque, qui manque à notre regard mais que c'est notre regard qui « manque » d'être habité par la lumière, qui manque de lumière. Cette lumière, qu'une étoile et des anges sont venus manifestés à des bergers, a transformé ces derniers au point que leur regard, devenu capable de lumière, a su voir, et surtout reconnaître, ce que d'autres n'avaient pas reconnu : cet enfant, ce petit venu au monde en est le sauveur. Et les premiers sauvés, ce sont eux ! Souvenez-vous de ces mots trouvés dans Isaïe : "qu'ils sont beaux les pieds du messager". De quels pieds pourraient-ils s'agir si ce n'est de ceux de celui qui vient nous sauver… mais aussi de ces bergers dépositaires désormais d'une si grande nouvelle pour le monde qu’ils se sont mis en marche. Souvenez-vous de ces mots de Monseigneur Panafieu, ici dans cette église, nous rappelant les mots du prophète à qui Dieu lui-même avait confié : "j'ai gravé ton nom sur la paume de mes mains". Cette paume de la main de l'homme sur laquelle se lisent les lignes de l'histoire de son cœur. Notre nom y est gravé et Dieu Lui-même ouvre ses mains, nous montre sa main, saisi nos mains et nous confie ce nom qui est au dessus de tout nom : "Jésus" c'est-à-dire "le Seigneur sauve". Aujourd'hui, dans sa bénédiction, Dieu fais briller sur nous son visage… Ce n'est plus Lui qui se penche vers nous mais c'est nous qui nous penchons vers Lui et il nous apporte la Paix. Cette Paix que nous sommes invités à faire rayonner, qui seule peut transformer notre vie et nous rendre à la Vie, loin de tout ce qui peut la défigurer. Tel est l'enjeu de ce soir : rendre grâce ensemble, relire cette année avec les yeux du Christ. Méditer ce qui nous a été donné de vivre à la manière de Marie, avec un cœur transformé. Nous transmettre la paix avec nos mains désarmées et repartir de ce pas nouveau qui nous fera, si ce n'est danser toute la nuit, au moins marcher à la rencontre de nos amis. Le repos ne dure qu'un instant mais au cœur de celui-ci, la rencontre avec le Christ nous engage sur des chemins de compagnonnage qui brise tout isolement, toute solitude, pour voir le monde autrement. Il y aura d’autres collines à gravir, d’autres moments difficiles. Peut-être. Mais nous voulons, ce soir, faire mémoire, nous rappeler, nous redire que nous ne les gravirons pas seuls. Nous voulons célébrer la Présence de Celui qui nous donne sa vie pour que nous soyons des vivants, qui vient à nous pour marcher avec nous et nous rendre la liberté. Amen.
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