Messe du Jour de Noël à Peynier.
Père Brice de Roux
La Puissance du Verbe de Dieu dans les balbutiements du cœur de l’homme
L’Eglise depuis 2000 ans, n’en déplaise à ceux qui la critique, est championne en communication. Pas de cette communication dont on nous rabâche sans cesse. Avez-vous remarquez ? Dés qu’il y a quelque chose qui ne va pas on dit : « vous n’avez pas assez communiqué ? » . Comme si la communication était à la fois ce bouc émissaire qui évite de s’interroger soi-même mais aussi la solution à tout, qui évitera tout effort. La communication de l’Eglise depuis 2000 ans, longévité enviable pour ces entreprises de com si éphémères parfois, tient en un mot : la conversion. La conversion, c’est ce moment dans la vie d’un homme où l’on est prêt à quitter ce qui nous entrave pour nous ouvrir à la vie, pour nous mettre en chemin, pour porter aux hommes ce qui nous a éclairé. Jean le Baptiste a été sans aucun doute le meilleur communicant : jusque dans les déserts des hommes il a su rejoindre les hommes. Il n’était pas la lumière mais il rendait témoignage à la lumière. Loin de moi de mépriser toute communication nécessaire : on ne pourra jamais rencontrer l’autre en s’enfermant sur soi-même, sans s’interroger de savoir comment ce que j’annonce peut le rejoindre. Mais notre religion est une religion du verbe. Ici même avant la messe du samedi soir des jeunes de 4° et de 3° ont réfléchi ensemble sur cette phrase qui ouvre l’évangile de saint Jean et que nous venons d’entendre : « le Verbe s’est fait chair ». Notre religion est une religion du verbe. Le verbe qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas une parole, ce n’est pas un mot. Quand, dans le récit de la Genèse, nous lisons ces mots « Dieu dit », nous voyons le Père en celui qui prononce la phrase mais nous découvrons le Verbe, le Fils dans la phrase que la lumière soit mais surtout en cette action immédiate et corollaire de la lumière qui fut. Le Verbe qui se fait chair vient ainsi bousculer notre humanité, comme un verbe bouscule et change le sens d’une phrase. Lui donne ce dynamisme et cette vie dont elle a besoin et sans laquelle elle ne serait rien. Le verbe fait exister. Le verbe est la lumière et la vie de la phrase mais aussi de notre existence. Et un verbe n’est pas fait pour être écrit sur une affiche ou balancé d’un clic sur internet : il est fait pour donner de la vie à l’humanité. Notre religion du Verbe qui se fait chair ne pourra donc pas faire l’économie de la rencontre. Et c’est bien ce que nous vivons en cette fête de Noël : Dieu se fait homme. Le Verbe se fait chair pour qu’en notre chair et nulle part ailleurs le verbe puisse y trouver sa demeure. Donnant vie au passage à ce que nous sommes, faisant de nous des témoins comme Jean le baptiste fut témoin de la lumière. Certes les hommes ne l’ont pas reconnu. Mais avez vous noté que les ténèbres ne l’ont pas arrêté. Mais comment pourrait-il en être autrement : la lumière détient en elle le pouvoir de soulever le manteau des ténèbres. Même et surtout lorsqu’elle est fragile : c’est là qu’elle déploie sa force et sa puissance.
Nous ne ferons pas l’économie de la rencontre et de la conversion car c’est pour cela que Dieu est venu dans notre monde. Le salut est invité à pénétrer en nous comme la rosée pénètre la terre. Dieu est là. Petit enfant. Prenant le risque de la fragilité et de la dépendance. Comment résister à ce message d’amour qui n’est pas un slogan mais un « Petit » de notre chair ? Son babillement incompréhensible nous fait tendre l’oreille et ouvrir notre cœur. Dieu communique et l’homme s’en trouve tout retourné. Amen.