Dimanche 3 janvier 2010
Père Brice de Roux
Les mages, des « voyageurs vers Dieu »
« Debout Jérusalem ! Resplendis ». Pendant l’Avent nous avions vu Jérusalem être exhorté à quitter sa robe de tristesse. La fille de Sion avait aussi été invitée à pousser des cris de joie.
Dans la nuit de Noël, le Pape, dans une homélie très personnelle avait invité la Jérusalem d’aujourd’hui, que nous sommes à se réveiller, à sortir de son rêve : ce monde dans lequel nous avons parfois le secret de nous enfermer et qui isole et ne conduit pas aux autres. « La différence entre celui qui rêve, dit-il, et celui qui est éveillé consiste tout d’abord dans le fait que celui qui rêve se trouve dans un monde particulier. Avec son moi, il est enfermé dans ce monde du rêve qui, justement, n’est que le sien et ne le relie pas aux autres ». Le prophète Isaïe invite à regarder. A remarquer sans doute l’obscurité qui nous entoure : mais à quoi bon ? L’obscurité n’est pas un chemin qui fait vivre. Il nous invite surtout à faire une expérience : celle de la lumière qui se lève sur nous. En effet, le Christ nous appelle à autre chose qu’une lamentation sur les obscurités de nos vies. Il n’est pas un prophète de mauvaise augure. Il n’est pas de ceux et de celles qui passent leur temps à dire et à redire que le monde dans lequel nous vivons est « pourri », que tout fout le camp ou que rien ne va plus. Ceux et celles qui sont suspicieux vis à vis du monde dans lequel ils sont et qui communiquent cette suspicion n’ont rien compris au message de l’Evangile. Et le prophète Isaïe veut nous inviter à une conversion du regard, à nous détourner de cette obsession de la peur par cette invitation impérative : « regarde » ! !
On dit dans les médias que Benoît XVI est « vacillant et ringard ». J’ai regardé l’épisode de la bousculade de Noël sur internet. Avez vous remarqué combien, sitôt relevé de sa chute, il portait en la nuit de Noël au loin son regard. Il continuait son chemin le regard fixé comme un chercheur, comme quelqu’un qui a un rendez-vous : rendez-vous entre Dieu qui se donne et une humanité qui s’offre toute entière en un même élan. Un rendez-vous avec la Vérité.
« Se réveiller, disait-il encore, signifie sortir de cet état particulier du moi et entrer dans la réalité commune, dans la vérité qui seule, nous unit tous ». La Vérité agit, la Vérité unit, la Vérité se rend proche. Elle se lève comme une lumière pour les nations. Elle devient ce vers quoi chacun avance : les fils qui reviennent de loin, les filles portées sur leur hanche, les trésors, les foules de chameaux, des dromadaires et les gens qui les accompagnent. Tous en ce jour de l’épiphanie, et nous avec eux, nous devenons des voyageurs non pas vers la vérité mais dans la vérité. Il y a quelques mois d’ailleurs, Benoît XVI nous a laissé une encyclique majeure où nous sommes appelés à vivre « l’amour dans la vérité ». En la nuit de Noël la vérité s’est faite proche, est venue au milieu de nous, a couvert le monde qui est le nôtre du manteau de sa justice et de sa miséricorde. « Dépassons-nous nous-mêmes disait le saint Père ! Faisons-nous, de mille manières, voyageurs vers Dieu en étant intérieurement en route vers lui ». Et le Pape de décrire des chemins très concrets : « la liturgie et le service du prochain ! ». Deux chemins pour être reliés aux autres.
La liturgie nous relie aux autres. Au Tout Autre d’abord. Avec ces sacrements qui rendent visibles à nos yeux l’Amour invisible de Dieu, qui rendent visibles l’Eglise invitée, convoquée à se rassembler pour engendrer, célébrer, partager, donner, se recevoir… Liturgie des heures aussi qui porte la prière des autres, de l’Eglise, du monde. Sur la côte bleue on m’a raconté que des communautés chrétiennes se rassemblent le matin pour chanter la louange de Dieu. Pendant que vous allez au travail, que vous vous plongez dans vos occupations au cœur du monde, vous êtes portés par la prière de l’Eglise qui s’élève vers Dieu comme un encens, qui a du prix aux yeux de Dieu comme de l’or, qui nous enveloppe comme la myrrhe enveloppe la chair des morts au jour de leur ensevelissement.
Et le service du prochain. « Regarde ! » Moi, je regarde déjà ce panier désespérément vide mis à l’entrée de notre église avec la mention « secours catholique ». On pourra nous dire que c’est un problème de communication. Non, si je ne l’ai pas vu, si je ne l’ai pas ouvert, c’est un problème de conversion de mon regard. Ce petit signe de l’attention aux plus petits est un appel à être des mages venus de loin vers le plus petit pour apporter l’or, la myhrre et l’encens d’aujourd’hui que l’on appelle chocolat pour le petit déjeuner, café, biscuit.
Frères et Sœurs nous sommes les mages du XXI° siècles. Une étoile nous est apparu. Il nous revient de nous mettre debout. Nous sommes des hommes et des femmes à qui il est arrivé quelque chose qui aujourd’hui nous réveille et nous sort de notre sommeil pour nous laisser façonner par ce Seigneur Petit Enfant qui nous apprend l’humilité et la vraie grandeur. Non pas celle qui tue, massacre et plonge dans l’obscurité mais celle qui revient chez elle « par un autre chemin ». Amen.