4° dimanche de Pâques 15 mai 2011. Pèlerinage à Saint Pancrace.
Homélie du 4° dimanche de Pâques
Dimanche 15 mai 2011
Pèlerinage à Saint Pancrace
Journée de prières pour les vocations
Père Brice de Roux
"Jésus, porte des brebis"
Nous avons fait l’expérience de marcher, nous avons fait l’expérience d’aller et de venir. Finalement c’est ça le salut. En tout cas, c’est ce que Jésus dit dans l’évangile. « Si quelqu’un entre en passant par là, il sera sauvé, il pourra aller et venir ». J’ai toujours cru que, être un homme libre c’est être un homme capable de marcher.
De passage à paris ces derniers jours, j'ai relevé dans le métro ces mots d'un poète : « je suis seuil et je suis chemin, je suis pierre qui dit l’horizon, je suis l’enclos des pas nomades, je suis paume où se lisent les lignes de l’ailleurs », qui suis-je ? –ça c’est moi qui le rajoute- Et j’ai perduré tout le voyage en me disant qui est-il celui qui dit : je suis le seuil, je suis la pierre, je suis l’enclos? Chacun de ces lieux peut apparaître comme une prison, une impasse, un enclos. Et voilà qu'en chacun de ces lieux énumérés s’ouvrent un possible, un chemin ; « je suis chemin, je suis une pierre qui dit l’horizon, je suis un enclos des pas nomades ». J'y ai reconnu le visage du Christ. Le Christ qui est à la fois la solidité sur laquelle on peut construire quelque chose et qui, en même temps est comme un chemin qui nous appelle, un horizon qui nous interpelle. Dans l’évangile que nous avons entendu, Jésus a quelque chose à nous dire. Et si nous ne l’avions pas compris, il le dit d’ailleurs plusieurs fois : « amen, amen, je vous le dis. » Ce que nous dit Jésus n’est pas fait simplement de mots et d’un beau discours. Quand Jésus à quelque chose à nous dire, il se déplace. Il vient à notre rencontre. Il se met en route ; de la même manière que nous aussi nous nous sommes mis en route pour quitter nos maisons ce matin. Dieu est un Dieu qui se déplace. Il n’est pas un Dieu qui reste recroquevillé, il est le Dieu qui marche et qui vient jusqu’à nous. Pourquoi ? Pour marcher avec nous.
Et c’est cela qui m’a toujours intrigué, émerveillé dans l’Evangile: le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui se met en marche pour nous rejoindre et pour continuer la marche avec nous.
Qu’est-ce qu’il y a de plus beau que d’avoir des amis qui marchent avec vous ? Seule leur présence peut briser parfois le sentiment de l’isolement et de la solitude. L'Ami est celui qui peut briser ce qu'il y a de plus difficile dans le monde : l'isolement. Dieu se révèle aujourd'hui comme un Ami.
Il est un Ami qui marche avec nous sur les routes de la vie, mais il est aussi un Ami qui lance sur les routes de l'Amour. Son appel nous met en route. Son appel ne consiste pas à dire : "allez-y". Son appel est un appel à la communion : " allons y ensemble" ! Et quand on est deux, parfois, bien des choses vont mieux. Parce que tout d’un coup on se retrouve comme des compagnons, comme des hommes et des femmes capables de partager le pain. Et partager le pain c’est important pour se nourrir? Comment mettre un pied devant l'autre, comment écouter un compagnon de voyage lorsque l'on a le ventre affamé. Dieu marche avec nous et pense à la nourriture de la Route : il est prêt à se donner en nourriture! Plus encore, il veut rompre le pain avec nous afin que nous devenions, avec Lui, des compagnons.
La deuxième chose c’est ce que Jésus dit dans l’évangile. Dans l'Evangile, il est question de brebis et de pasteur, mais Jésus dit un moment donné : « je suis la porte ». C’est la porte de quoi, qu’est ce qu’il a dit Jésus, je suis la porte de ?
« de l’enclos »…, je ne suis pas sûr.
« de la bergerie »… ; ça se pourrait mais ce n'est pas ce qu'il a dit.
« la porte d’entrée »…, eh, il n’a pas dit ça non plus, même si ça sert à entrer. Bien joué.
Il dit : « je suis la porte des brebis ». C’est étonnant quand même. Il n’a pas dit, je suis la porte de la bergerie. Jésus n’est pas quelqu’un qui veut que nous nous enfermions dans un lieu, aussi bien qui nous y soyons. Jésus est celui qui nous invite à faire des passages. Et vous les plus jeunes, vous avez beaucoup de passages à vivre : le passage du primaire au collège, le passage de la vie étudiante à la vie professionnelle, le passage peut-être d’une vie de célibataire à une vie en couple, enfin il y aura une multitude de passages. Et même pour nous, qui sommes jeunes depuis plus longtemps que vous, on a encore beaucoup de passages à vivre. Toute notre vie n’est que passage, pourquoi ? Parce que nous sommes faits pour marcher, nous sommes faits pour des « aller et venir », nous sommes faits pour des commencements au cœur des quels nous goûtons la joie de commencer ; et en même temps aussi des recommencements qui nous engagent à vivre de cette joie là sans fin.
Jésus est celui qui se présente à nous comme une porte à travers laquelle nous pouvons passer. Il est porte pour nous qui ouvre des chemins toujours possibles.
Saint Pancrace, ce petit jeune qui est là, qui avait quand même beaucoup de fougue. Pour être soldat il faut quand même vouloir donner sa vie, au moins pour son pays. Voilà que dans sa générosité il a découvert une porte nouvelle qui est celle de l’amour. Et cette porte, même l’empereur Dioclétien, en 304, n’a pas pu la fermer. Au contraire, voilà que dans la vie de Pancrace une porte sur un jour nouveau s’est ouverte. Cette porte n'est ni une porte de sortie, ni une porte d’entrée: elle est simplement la Pâque que nous avons à vivre, l'assurance d'une vie que rien, pas même la mort ne pourra nous enlever, le signe que l'Amour est un chemin qui s'ouvre devant nous. Amen.