1° dimanche de l'Avent. 26 novembre 2011
Dimanche 26 novembre
1° dimanche de l’Avent
Père Brice de Roux
La Terre de la Parole de Dieu est le cœur de l’homme.
Certains veulent sauver « le système ». D’autres, moins nombreux, célèbrent la fin d’un monde. Pour nous, les chrétiens nous sommes invités à vivre un monde nouveau. Un monde où entreprendre c’est croire en l’avenir, où croire en l’avenir c’est aimer le présent. Un monde où l’inattendu nous attend sans que nous sachions véritablement à quoi il correspond…puisqu’il est inattendu ! Mais il y a une chose que nous savons, c’est que ce que cette attente a pour but de mettre en éveil toute notre humanité. Jésus veut nous apprendre que nous ne pouvons pas être des chrétiens, que nous ne pourrons pas vivre avec lui une véritable rencontre si nous ne prenons pas le temps d’être des humains. Le temps de l’Avent, c’est le temps de l’humanité convoquée, réclamée, aimée, réveillée.
Car ce qu’il y a d’humain, notre humanité, ce que chacun de nous est, est capable de créativité, d’imagination, de mise en œuvre de talents si divers et variés. Mais c’est aussi une humanité fragile et pauvre au creux de laquelle les expériences de la petitesse nous préparent à trouver Dieu non pas en ce qui tourne la tête des hommes, non pas dans le tournis de ce qui est grand et immense mais d’abord dans la petitesse et la fragilité d’un enfant. Une petitesse qui, paradoxalement, nous révèle la puissance d’un Dieu qui nous aime car il nous montre qu’il peut nous rejoindre jusque-là. Avec Jésus qui vient, pendant ce temps où nous savons qu’il va venir et durant lequel nous l’attendons, même les lieux de désespérance sont habités par une petite flamme de l’espérance, même la déshérence devient une terre où une semence est lancée pleine de promesse d’avenir. Ce sera le sens du grain de blé que vous fabriquerez, les enfants, pour le distribuer dimanche prochain.
Certes, et je l’ai dit, la venue de Dieu est inattendu. Inattendu quant à la manière avec laquelle il vient, logique de Dieu qui échappe à la logique des hommes. Inattendu aussi quant au jour et à l’heure ? Attendre ! Avouez que cela a de quoi agacer dans ce monde de vitesse, de rendement, d’énervement quand les horaires ne sont pas respectés ou le sont trop… Et pourtant cette attente est nécessaire afin de prendre le temps de la croissance, du dévoilement de ce que nous sommes, de cette terre d’humanité qui est la nôtre. C’est d’ailleurs parce que nous ne voulons la voir, que nous la fuyons, parce qu’elle ne correspond pas à ce que nous voudrions qu’elle soit qu’on ne supporte plus aujourd’hui d’attendre, de prendre le temps et que l’on comble nos vies, les plus petits recoins de nos vies de multiples activités… Or, c’est bien cette humanité-là qui est le terreau d’un monde nouveau. La Parole de Jean-Baptiste que l’on entendra pendant l’avent n’est pas prêchée dans une terre connue, ni même en des relents de terreau dit chrétien mais dans un désert. Le « fiat » de Marie que nous méditerons et qui suscitera tant de louange et d’émerveillement ne jaillit pas non plus d’un relent de culture chrétienne acquise pour toujours mais sort comme le cri d’une humanité choisie avec surprise et gratuitement. Une humanité qui se laisse aimer comme elle est dans un acte de foi sans pareil. Ainsi en est-il de l’Eglise aujourd’hui.
Le temps de l’Avent s’ouvre pour nous comme un monde nouveau qui commence « aujourd’hui », comme un ciel qui se déchire et qui laisse entendre les pas de celui qui vient briser les solitudes et la peur qui habitent notre cœur et nous détourne de ce qu’il y a de si simple et de si humain. Ne ratons pas ce rendez-vous. Car si nous ne savons pas quel sera le monde de demain, si nous ne savons pas quel sera le système de demain qui s ‘ouvre devant nous, il y a une chose que nous savons et qui nous rend heureux : c’est que le monde de demain sera un monde d’humanité, un monde de paix, un monde heureux, une bonne terre, une belle argile. Le potier pourra dire ce qu’il veut, il pourra être aussi talentueux qu’on le voudra : si la terre n’est pas bonne, la poterie sera moche et fragile. Il ne pourra rien en faire. Réveillons-nous, sortons de nos torpeurs et de nos peurs, Dieu veut préparer sa venue en faisant de nous sa demeure. Amen.