Pèlerinage du 1° mai à Saint Jean du Puy
Homélie pour le pèlerinage à Saint Jean du Puy
samedi 1° mai 2010
Monseigneur Claude Feidt,
Archevêque émérite d'Aix en Provence et d'Arles
…ce Jean, Dieu lui fait grâce, ce Jean va être celui qui va faire signe au peuple d’Israël. Et un jour alors que baptisant au bord du Jourdain, parmi la foule qui est là, il baptisera ce jeune homme qui vient de Nazareth, Jésus de Nazareth, en le montrant du doigt il dira : « c’est Lui l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, c’est Lui. Et moi je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales ». Jean, dans l’histoire de la révélation a un rôle majeur : il est venu et il proclame la venue de Jésus. Il est le dernier homme de l’Ancien Testament et le premier du Nouveau Testament, il est un des premiers chrétiens avec Marie. Il est là pour nous rappeler aujourd’hui encore que ce Jésus qui est venu il y a deux mille ans, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, le Messie, le Fils de Dieu, Il continue de venir dans notre histoire, dans notre histoire chrétienne mais aussi dans l’histoire de l’ humanité. Jean, Il est le serviteur d’une parole qui le dépasse infiniment. En cette année du sacerdoce, je pense à mes frères prêtres, à mes frères évêques, à mes frères diacres. Comme Jean nous sommes serviteurs d’une parole qui nous dépasse infiniment et que nous adorons, comme Jean, humblement, dans l’amour. « je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales ». Mais nous non plus, qui sommes nous, serviteurs de la Parole ? Jean c’est le ministre d’une Parole qui n’est pas notre parole, nos petites idées mais celle de Dieu. Il dira : « vous mêmes vous êtes témoins que j’ai dit je ne suis pas le Christ mais je suis envoyé devant Lui ». Quelle belle définition du ministère du diacre, des prêtres, des évêques : envoyés devant Lui. Jean c’est le ministre d’une Parole qui va envahir progressivement et inonder sa propre existence. Elle va tellement inonder sa vie qu’il dira : « il faut que lui croisse et que je diminue ». Cette parole, je la vit particulièrement au moment où je prends ma retraite. Il faut que Jésus croisse et que nous nous diminuions. Jean Baptiste est le ministre d’une Parole vivante, dont il est l’ami. Vous vous rendez compte cette relation avec Dieu : ami de Dieu ! Tous les chrétiens sont amis de Dieu. Ministre d’une Parole vivante dont on est l’ami et qui nous comble de Joie. Il le dit tout simplement : « vous savez l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend est ravi de joie à la voix de l’époux. Voilà ma joie et elle est parfaite ». J’ai eu cette chance dans ma vie d’évêque d’être nommé en 1980 évêque en Savoir. En Savoie j’avais la responsabilité de trois diocèses : Chambéry, Moutiers et St Jean de Maurienne. Quand je suis arrivé à Saint Jean de Maurienne, il y avait une très belle tradition. Et on aime beaucoup les traditions ici en Provence, on les aime aussi beaucoup en Savoie. Une tradition qui dit qu’au 6° siècle, une jeune fille, une jeune chrétienne mauriannaise était partie en pèlerinage en Orient. Elle était revenu avec des reliques. Les reliques qu’elle avait ramenées sont encore dans la Cathédrale de St Jean de Maurienne. Ces reliques sont les doigts de Jean Baptiste. Ce doigt qui montre le Seigneur : « c’est lui l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Les doigts de Jean Baptistes qui invitent à regarder vers Lui, Jésus, qui conduisent à Lui. J’étais beaucoup ému par cette tradition et j’ai prié souvent devant la chasse où se trouvent ces doigts de Jean Baptiste. Et je me suis dit « où sont-ils les doigts de Jean Baptiste aujourd’hui ? » Ils sont là, ils sont là. Les doigts qui montrent le Seigneur, c’est la mission de l’Eglise aujourd’hui. Pas seulement dans sa hiérarchie au plus haut degrés mais dans tout le peuple de Dieu. C’est la mission de l’Eglise dans le monde qui est le nôtre qui n’est pas un monde facile, pas plus que n’était facile le monde dans lequel étaient apparus Jean Baptiste et Jésus. Montrer aujourd’hui Celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie, l’Amour. C’est Lui, l’Agneau de Dieu. Le concile Vatican II nous a rappelé avec force que le Peuple de Dieu rassemblé ici en cette chapelle doit être sacrement, signe du Salut de Jésus Christ au milieu des hommes. Le concile a rappelé que notre seule raison d’être, à nous les chrétiens, c’est de montrer dans le monde le Christ et son Evangile dans le monde et pour le monde. C’est la mission essentielle. Voyez-vous, ce qui est premier ce ne sont pas les différences de rôles ou de responsabilité, la répartition possible des fonctions, la hiérarchie des ministères, des structures qui sont pourtant si nécessaires pour que le corps de l’Eglise soit vivant. Ce qui est premier, c’est que le doigt de Jean-Baptiste, c’est que l’Eglise montre Jésus et la merveilleuse puissance de son Evangile. Dans cette mission essentielle, chaque membre, chaque partie du Corps de l’Eglise a sa place. Alors, en ce pèlerinage, je vous invite à prier pour l’Eglise. En ce moment il y a un acharnement que je ne qualifierai pas, pour ne pas être méchant, à l’égard de ses responsables au plus haut niveau. Je voudrais ici qu’on prie spécialement pour notre cher Pape Benoît XVI. C’est injuste. Même s’il y a des raisons de réagir par rapports à ces attitudes qui ont eu lieux, qui sont condamnables. On n’a pas le droit de jeter le discrédit sur toute une Eglise qui fait son boulot. Que serait le monde d’aujourd’hui si il n’y avait pas l’Eglise ? L’autre jour, triste de ce que je lisais dans les journaux, je sui tombé sur un très beau documentaire à la télévision sur les Pères Blancs. Je me disais : « comment est-ce que je réagirai si je n’étais pas chrétien ? ». Comme homme je ne peux qu’admirer le travail que l’Eglise a fait dans un grand nombre de parties du monde avec ces missionnaires. On voyait ces vieux missionnaires Pères Blancs qui ont donné leur vie pour communier à la vie des hommes et des femmes de ces pays africains. Oui, prions pour l’Eglise et demandons les uns pour les autres que nous soyons, chacun selon sa vocation, un signe qui dit à ceux qui nous entourent : la vie a un sens, l’Amour existe . La foi, l’espérance et la charité chrétienne que Jésus nous a donné comme un trésor, ne le gardons pas pour nous, partageons le avec ceux et celles qui cherchent autour de nous. Frères et Sœurs, bénissons le Seigneur pour la naissance de Jean Baptiste, bénissons le avec les mots de son père : « Dieu fait grâce, béni soit le Seigneur le Dieu d’Israël car Il a visité son peuple, il a accompli la libération. Toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut. Tu marcheras devant à la face du Seigneur et tu prépareras ses chemins ». C’est notre mission : marcher devant à la face du Seigneur pour préparer ses chemins. C’est là, à mon avis, une des plus belles définitions que l’on peut donner d’une chrétienne, d’un chrétien selon l’Evangile. Amen.