Homélies

Fête de la Trinité. Dimanche 30 mai

Homélie de la Fête de la Sainte Trinité
Dimanche 30 mai 2010 - église de Châteauneuf le Rouge
Père Brice de Roux

Dieu nous invite à dire...
 
Jésus dit à ses disciples, « qu’Il aurait encore beaucoup de choses à leur dire ». Cela sous-entendrait-il qu’il ne leur à pas tout dit ? En Jésus, en sa mort et sa résurrection, tout est dit. Mais Jésus est celui qui ne nous fait pas porter ce que nous ne pourrions pas porter. Aussi, si tout est dit, les disciples, et nous avec eux, ont encore beaucoup à apprendre à recevoir.  Jésus, comme le dit Péguy, est « celui qui en a laissé aux autres » c’est à dire qu’il nous permet de découvrir chaque jour davantage ce qui nous fait vivre, Il ouvre un chemin sur lequel il nous reste à avancer. Et c’est vrai que, par exemple, le signe de la Résurrection est un signe qui nous appelle, qui nous invite, qui ne nous encombre pas : un tombeau vide. Dieu ne nous encombre, ne nous embarrasse jamais. Ce qui est le signe de la Résurrection, c’est le fait que l’absence, même, manifestée au jour de la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est comme retournée, et voilà qu’au jour de la Résurrection l’absence n’est plus le lieu de l’angoisse, l’absence n’est plus le lieu où l’homme est profondément déchiré au plus intime de lui-même, l’absence devient le signe que la vie est plus forte que tout et que la vie est plus forte que la mort.
Et voilà que Jésus va inviter tout ses disciples à entrer sur ce chemin où il a encore quelque chose à nous dire. Mais le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui nous fait avancer petit à petit sur les chemins de nos vies. Bien souvent en traçant le signe de la croix, nous sommes tentés de nous dire que c’est Dieu qui a inventé la croix, alors que Dieu est simplement venu partager les croix ce nos vies, il y en a suffisamment pour que nous n’en rajoutions pas. Dieu est venu jusque là, jusque là pour nous faire entrer dans sa vie qui est la vie qui ne finit pas. Et c’est pour cela que Jésus dit à ses disciples : « pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter, pour l’instant je ne vais pas vous faire porter quelque chose que vous ne pourriez pas porter ». C’est le grand souci de Dieu à notre égard, que nous puissions être des hommes et des femmes debout, libres et non pas accablés par le poids du joug. Dieu vient dans notre vie, et jusqu’en ces lieux que nous n’aurions peut être jamais imaginés pour nous libérer, pour nous sauver. Je trouve que nous ne parlons pas assez du salut que Dieu est venu nous apporter. Dire que Dieu est venu nous sauver, ce n’est pas mépriser notre vie humaine. Dire que nous sommes des pécheurs, ce n’est pas un acte ou un geste culpabilisant à notre égard, c’est la manière avec laquelle nous reconnaissons ces lieux de nos vies qui sont des lieux de pauvreté. Autant de lieux où Dieu peut venir, peut s’y rendre présent pour nous appeler à la liberté. Car quand Dieu se rend présent dans notre vie, c’est toujours pour un appel, c’est toujours pour nous déplacer et ce n’est jamais pour nous laisser enfermer dans ce qui fait les croix de nos vies ou les tombeaux de nos existences.
La Croix est ainsi devenue le signe de la vie et de la vie qui ne finit pas et une vie qui est une vie d’amour.

Aujourd’hui nous célébrons ce grand mystère qu’est la Trinité, qui est la vie même de Dieu. Nous croyons en un seul Dieu qui s’exprime en trois personnes. Pourquoi ? Simplement parce que Dieu est amour. Et que, à partir du moment où nous accueillons cela comme la solidité de notre vie, comme la bonne nouvelle de notre existence, et bien alors, nous ne pouvons pas faire l’économie de cette relation qui existe en Dieu. De ces trois personnes qui s’aiment profondément car l’amour ne se vit pas seul. Si nous croyons en un seul Dieu, de cette nature divine qui est l’amour, cet amour ne peut s’exprimer qu’entre deux personnes. Et quand l’amour s’exprime entre deux personnes, il porte du fruit et de l’un et de l’autre procède une troisième personne comme l’abondance de l’amour qui nous est donné.
Que se passe-t-il en Dieu ? Dieu est ce père, cette source de la vie qui ne tarit jamais, et c’est en cela qu’il s’agit d’un mystère. Vous savez pour nous, les chrétiens, le mystère n’est pas quelque chose d’incompréhensible, le mystère n’est pas quelque chose qui nous tombe sur le coin de la figure et qu’il faudrait que nous mettions en œuvre sans rien comprendre. Ce n’est pas du tout cela le mystère dans la vie du chrétien. Dans la vie du chrétien le mystère c’est de s’approcher de la source d’une lumière qui ne s’éteint jamais. Auprès de laquelle nous n’aurons jamais fini de puiser la lumière dont nous avons besoin pour avancer sur les chemins de notre existence. C’est en ce sens qu’il s’agit d’un mystère. C’est au sens où c’est tellement lumineux qu’il nous faudrait du temps pour que nos yeux et les yeux de notre cœur s’adaptent à cette lumière si vive et si grande. Le Père est la source de cette lumière, source de tout amour, d’un amour qui ne finit pas, que nous ne pouvons pas imaginer tellement il est immense. Dieu est amour. Il n’a pas de l’amour à notre égard. Il est l’amour et de ce plus intime de Lui-même jailli cet amour qui se répand dans le cœur d’un autre qui est celui de son Fils qui jailli lui-même du cœur de son Père et qui se reçoit de son Père, et qui ne sait dire qu’une chose d’amour intraduisible. Saint Paul essayera de nous le faire partager avec cette expression : « Aba », Père. Aba, c’est plein d’affection, plein d’émerveillement. Mon petit papa, papa, enfin, nous ne saurions pas le traduire. Et le fils est émerveillé devant son Père. Et de cet émerveillement il lui rend tout l’amour qu’il reçoit. Et de l’un et de l’autre jaillit cet esprit d’amour. Ce fils dont il est question, c’est ce Jésus venu au milieu de ses disciples, au milieu de notre humanité, pour faire entrer cette humanité dans cette relation entre un père qui aime son fils. Un fils qui se reçoit de son père et lui rend toute grâce et tout amour. Et de l’un et de l’autre cet esprit d’amour ne cesse d’être répandu sur le monde.

Frères et sœurs, Dieu est amour. Ce qui fait que Dieu est Dieu, c’est qu’il est l’être parfait et nous pourrons dire que pour Dieu être c’est être en relation. Et ce mystère de la Trinité que nous méditons aujourd’hui, nous apprend alors nous-mêmes à nous mettre en relation avec Dieu, à découvrir que la relation que nous avons avec Dieu est une relation de fils, de fille vis-à-vis de Dieu et que nous sommes capables, comme Jésus, comme le Fils, parce que Jésus nous a fait entrer dans cette vie de Dieu, en venant Lui-même entrer dans notre vie d’homme. Et bien nous sommes capables de dire à Dieu à notre tour « Aba », père. D’entrer dans cet émerveillement de nous laisser saisir par la vie de Dieu qui entre en nous-mêmes et nous transforme comme elle a transfiguré Jésus pour que nous puissions être alors comme Lui et que nous puissions découvrir que notre relation à Dieu ce n’est pas une relation de soumission, mais c’est une relation où nous nous laissons habiter par sa vie, et que cette vie là vient combler ces lieux de pauvreté dont nous faisons parfois l’expérience et il nous emmène toujours plus loin. Pour vous, tous les trois, qui faites votre première communion aujourd’hui, vous avez à découvrir que Jésus vient dans votre vie et qu’il veut y venir souvent. Chaque fois que nous nous réunissons pour partager ce repas, Dieu se donne en nourriture, et quand on est nourrit, on est fort, on est debout. Si on ne mange pas tout est finit. Ce qui est vrai pour notre corps, est aussi vrai pour notre cœur. Et ainsi, l’Eucharistie est le lieu où vous pouvez découvrir cette relation nouvelle avec Dieu où il vous invite à passer à table avec Lui, relation de convivialité où  vous êtes invités à vous nourrir de sa présence, de ce fils qui vous incorpore à ce qu’il est. Et c’est en cela que nous sommes le corps du Christ ensemble. Mais s’il est vrai que nous avons à découvrir que nous sommes capables nous aussi de relations, de cette relation qui est celle du fils vis-à-vis du père, nous sommes aussi invités à découvrir que nous sommes aussi capables d’une autre relation qui est d’être frères vis-à-vis d’autres frères. Car si tous autant que nous sommes nous sommes invités à être des enfants de Dieu, nous avons à découvrir au jour de la fête de la Trinité que la relation avec laquelle nous sommes invités à vivre c’est aussi une relation fraternelle entre nous. Et c’est sans doute pour cela que Jésus n’a pas voulu tout dire de ce qu’il aurait aimé dire à ses disciple : pour qu’il nous en reste à nous dire les uns aux autres. Pour qu’au cœur de ce que nous n’arrivons pas à porter, nous puissions découvrir que le frère, l’autre le porte avec nous. Il porte et nous l’apporte. Amen.