Homélies

Pèlerinage à Saint Ser

Homélie du Pèlerinage à Saint Ser
Lundi de Pentecôte 24 mai 2010 :
Père Brice de Roux
 
Ecouter les possibles dans les murmures de Dieu
 
Simplement un mot après avoir écouté la parole de Dieu. Finalement Saint Ser a entendu ce que le jeune homme de l’évangile que vous venons d’entendre n’a pas entendu.
Ce jeune homme est parti tout triste parce qu’il avait de grands biens, parce que finalement il était encombré de beaucoup de choses, et nous qui sommes venus ici en montant, même si nous avons peut être l’habitude de faire de la marche, nous savons que c’est dans de telles expériences qu’on regrette parfois d’avoir emporté quelque chose de trop lourd et qui nous ralenti dans la marche. Jésus nous invite sur les chemins de nos vies à découvrir ce bonheur, véritable bonheur que d’être tout à ce que l’on fait, de pouvoir entendre, écouter ce qui peut réjouir le cœur d’un homme et d’une femme. Elie dans la première lecture que nous avons entendue a su découvrir la présence de Dieu là où la logique du monde ne l’aurait jamais mise. Dans le monde d’aujourd’hui c’est ce qui est grand, c’est ce qui fait du bruit, c’est ce qui brille qui nous dit quelque chose de ce qui est important, et pourtant… Et pourtant l’essentiel et le nécessaire sont ailleurs, l’essentiel et le nécessaire sont dans cette brise légère dont on entend le murmure.
J’entendais dans une émission à la radio ce matin sur Haïti avec tout ce que l’on connaît de dramatique de ce qui s’est passé là-bas, et certains d’entre vous le savent bien parce que vous vous êtes dépensés pour monopoliser beaucoup d'énergie pour aller construire un dispensaire là-bas. J’entendais donc un Haïtien qui disait : « chez nous quand on a quelque chose de fort à dire, on ne crie pas, on murmure ». Je crois qu’il y a là toute l'attitude d’Elie, qui a su ce mettre à l’écoute de la présence de Dieu, d’un Dieu qui murmure, d’un Dieu qui est de l’ordre d’une brise légère.
Hier nous avons médité cette grande fête de la Pentecôte où l’Esprit Saint a soufflé, le souffle de l’Esprit Saint n’est pas le mistral, le souffle de l’Esprit Saint ne met pas le désordre. C’est vrai que le souffle de l’Esprit Saint nous bouscule quelque part, il met en ordre, ou du moins il met dans un autre ordre, dans cet ordre où tout est possible pour Dieu. Nous qui dans notre monde sommes tellement envahis par ce mot que je n’aime pas du tout parce qu’à mon avis il est de l’ordre d’une attitude sectaire et qu’il exclu les autres, ce mot « impossible ». Comme c’est terrible quand on dit, avant même d’avoir écouté l’autre, de lui avoir dit « c’est impossible ». Alors une fois qu’on a dit ça, qu’est ce qu’on fait, qu’est ce qu’on dit, où va-t-on ?
Et bien ici Saint Ser nous apprend à nous mettre à l’écoute dans le monde qui est le nôtre. De ces possibles que Dieu ouvre dans nos vies et qui ne sont jamais là où on les attend, qui sont souvent de l’ordre de l’inattendu et en tout cas qui ne sont jamais de l’ordre de la logique du monde mais de l’ordre de la logique du cœur de Dieu.
Je termine en faisant remarquer que les ermites se réfugient souvent dans des grottes ; Saint Jérôme et tant d’autres. Et Saint Ser n’échappe pas à la règle. La grotte c’est ce lieu de la terre, d’où nous sommes issus comme du sein maternel. Nous sommes des terriens, nous avons les pieds sur terre. Et si vous ne le saviez pas, si vous pensiez être un ange, la marche que vous avez faite pour venir jusqu’ici a dû vous le rappeler. Dieu est celui qui est venu épouser, épouser l’humanité qui a bien les pieds sur terre. Et c’est là que nous pouvons être à l’écoute de la vie de Dieu et nulle part ailleurs, au plus intime de cette grotte, de la terre, de cette mère qui nous engendre coule toujours une source, comme à Lourdes, comme ici, qui veut nous dire que c’est bien là que nous sommes attendus par Dieu. En ces lieux de la vie où Il nous donne Sa vie à laquelle nous sommes invités sans cesse à venir boire. Encore faut-il que nous ayons les oreilles nécessaires pour entendre le murmure de cette source pour que nous puissions la découvrir et nous y désaltérer.
Amen.