Homélies

12° dimanche du Temps Ordinaire. Dimanche 20 juin 2010

Dimanche 20 juin 2010 :
 

Eglise de Trets

 

Frère Jean-Philippe Revel

Donner, c'est gagner

 
Frères et sœurs, cette page d’évangile est tout à fait au centre de notre foi. Elle est même le résumé de notre foi. Quand Jésus interroge ses disciples : « pour vous qui suis-je ? » Ils répondent : « le Messie de Dieu », c'est-à-dire l’Envoyé de Dieu, celui que Dieu a oint de sa grâce ; et nous attendrions à ce que Jésus reprenne ce thème de la gloire de Dieu qui repose sur lui. Or que nous dit-il ? Il faut que l’homme souffre beaucoup, que le fils de l’homme souffre beaucoup. Qu’il soit rejeté, qu’il soit tué pour que le troisième jour il ressuscite. Voilà que le Messie de Dieu, l’Envoyé de Dieu, celui que Dieu a oint est venu pour être rejeté, pour souffrir, pour mourir, pour être tué. Et Jésus continue. Ce qui est vrai du Fils de l’Homme est vrai de tous les chrétiens. « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».
 
Tout le mystère de la vie chrétienne est dans cette croix du Christ qui nous unit à lui dans son sacrifice. Et voici la phrase décisive : « si vous voulez sauvez votre vie, vous la perdrez. Mais celui qui donne sa vie à cause de moi, la sauvera ». Il faut donner. On ne possède que ce que l’on donne. On ne peut pas amasser, il faut ouvrir les mains. Et c’est en recevant que l’on peut répandre la présence et la joie du Christ.
 
Alors les textes qui précèdent et qui sont mystérieux s’illuminent à la lumière de cette certitude que donner, c’est gagner, c’est recevoir, c’est posséder.
Le premier texte est tiré du prophète Zacharie. C’est un très mystérieux oracle où le prophète Zacharie dit qu’il va répandre sur le peuple de Dieu, symbolisé par Jérusalem et par la maison de David, il va répandre l’esprit de bonté et de supplication. C’est bien ce que nous attendons du Messie, il va répandre un esprit, son esprit, l’Esprit Saint, l’esprit de supplication, l’esprit de lumière et de joie. Il va répandre cet esprit, et comment cela se fait-il ? Ils lèveront les yeux vers Celui qu’ils ont transpercé. C’est le fait que le Christ en croix est transpercé. Vous vous souvenez, le soldat est venu avec une lance et comme il a trouvé Jésus déjà mort, ils lui ont donné le coup de grâce en transperçant son cœur avec cette lance. Et de cette lance qui a transpercé son cœur, coule du sang, le sang du sacrifice, et de l’eau, l’eau du baptême. Voilà que nous avançons d’un pas : pour donner sa vie, nous recevons le baptême qui est la force de ce don qui nous traverse. C’est en transperçant le côté du Christ et en regardant Celui qui a été transpercé que se répand sur nous l’esprit de grâce et de supplication. Le troisième jour il ressuscitera. La résurrection du Christ c’est cet esprit qui nous est donné et qui nous est donné par le côté transpercé du Christ. Et c’est pourquoi le texte de Zacharie continue. Ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique car la mort du Christ en croix est le lieu de notre lamentation et de notre tristesse. Mais en ce jour-là, il y aura une source. Voici encore le baptême. Une source qui jaillira pour la maison de David, pour laver les habitants de Jérusalem de leurs péchés, de leurs souillures. C’est bien par l’eau du baptême, par la source du baptême qui jaillit du côté transpercé du Christ que nous sommes invités à donner notre vie avec le Christ pour ressusciter avec le Christ. Et alors, nous serons tous un seul peuple, mieux encore nous serons tous ensemble le Corps du Christ. C’est ce que nous dit saint Paul dans la deuxième lecture. « Il n’y a plus ni Juif, ni païen ». La barrière de haine qui séparait les Juifs des païens est tombée. C’est ce que saint Paul nous dit dans une autre épître, celle aux Ephésiens. « Il n’y a plus ni Juif, ni païen, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus homme et femme, tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus », dans le Corps du Christ Jésus. Vous êtes la descendance d’Abraham, et l’héritage que Dieu a promis, c’est à vous qu’il revient. Voilà le mystère du baptême dans lequel Marie va être plongée. Plongé dans la cuve baptismale , nous dit saint Paul dans une autre épître, comme on est enseveli dans un tombeau, dans la mort du Christ ; et rejaillissant de cette piscine baptismale, pour une vie nouvelle, pour la vie du Christ ressuscité. Et chacun d’entre nous qui sommes baptisés, nos avons été plongés dans cette mort du Christ. Nous avons été plongés dans cette eau qui a jailli du côté du Christ transpercé. Nous avons été ensevelis avec Lui dans la mort pour ressusciter avec Lui pour une vie nouvelle, une vie qui ne finira jamais. Celui qui donne sa vie la sauvera. C’est tout le mystère dans lequel nous voulons introduire Marie et dans lequel nous avons chacun à nous introduire tous les jours car la grâce du baptême n’est pas simplement pour un jour, elle est pour tous les jours. Nous vivons de l’Esprit qui nous a été donné à notre baptême. Et c’est cet Esprit qui va conduire Magali pour qu’elle prenne part au repas des chrétiens qui est le repas du Christ. De ce repas où Jésus nous donne son corps à manger, son sang à boire. Pour que nous puissions devenir nous-mêmes présence du corps vivant du Christ, présence du sang donné en sacrifice.
Tu vas recevoir en vérité dans ce pain le Corps du Christ, tu vas recevoir dans ce vin le Sang du Christ. Le Christ va venir irriguer toute ta vie, c’est l’accomplissement de ton baptême. Ce baptême que tu as reçu et que Marie va recevoir, tu l’accomplis chaque dimanche, si tu le veux, en venant au repas du Christ et en devenant ainsi présence du Christ dans le monde.
 
Frères et sœurs que nous soyons tous habités par cette certitude, l’eau qui jailli du côté du Christ, le sang que Magali va boire pour la première fois avec nous, cette eau et ce sang sont pour nous la source de la Vie, de la vraie Vie, celle que l’on ne perdra jamais. Amen.