Homélies

Fête de Saint Eloi. 14 juillet 2010

Homélie du 14 juillet 2010
Fête de Saint Eloi à Trets
Père Brice de Roux
textes : Eph 4, 1-6 et Mt 11, 28-30
 
Le Joug, le Gaillardet que Jésus nous propose est facile à porter...
 
L’humain a ceci de particulier : il est un trésor qui demande, pour le guider, une âme d’orfèvre. Eloi l’avait bien compris. Lui qui conseilla les princes et les puissants de son temps n’oublia jamais son métier d’orfèvre. Et lorsque le roi Dagobert avait les idées de travers il savait, habilement, les remettre en place, les remettre à l’endroit.
Où donc, Eloi, puisait-il cette sagesse, ce savoir-faire, cet art de savoir où toucher l’âme d’un homme afin qu’il puisse devenir artisan de communion ? Il le puisait en ce lieu intime de lui-même, en son cœur où il avait fait l’expérience de la communion.
Dans la première lecture que nous venons d’entendre ; Saint Paul, lui-même, nous donne des conseils. Il pouvait se permettre des recommandations car, au cœur de la fougue qui l’habitait, il avait fait lui aussi une expérience. L’expérience de l’humilité, de la douceur, de la patience, de la charité, de l’unité et de la paix. Lui l’impétueux, lui l’orgueilleux, lui le coureur de fond qui poursuivait sa couronne de gloire ne s’est jamais lassé de son tempérament parfois quelque peu encombrant. Il avait fait cette expérience de Dieu qui, non seulement l'avait fait tombé de cheval, mais plus encore l'avait remis debout et lui avait permis d’enfourcher cette monture extraordinaire qu’est le zèle à annoncer cette Bonne Nouvelle de la Vie plus forte que la mort. Cette Bonne Nouvelle est que nous sommes faits pour la Vie. Cette Vie de la convivialité comme celle que nous partagerons à table tout à l’heure, Vie de l’audace qui ne fait pas peur d’annoncer la couleur, Vie de communion qui fait se rencontrer, se rassembler, Vie du respect qui donne à l’autre d’exister avant de le critiquer et de le lapider de ces pierres modernes qui donnent la mort, que l’on appelle la calomnie et le mensonge, Vie de la paix qui apaise et donne de murmurer le doux rythme de la vie. Cette expérience, Paul la décrit aux Ephésiens car il l’a vécu lui-même en tombant et en se relavant, en étant plongé comme dans les eaux du baptême et en revenant à la Vie de manière définitive et pour la vie éternelle. Ainsi en a-t-il été pour Paul. Ainsi en a-t-il été pour Eloi. Ainsi en est-il pour les saints. Ainsi en est-il pour chacun d’entre nous appelés à devenir des saints. C’est-à-dire des hommes et des femmes qui ne fuient pas leur responsabilité mais y trouvent un chemin de vrai bonheur et de réussite. Saint Eloi, à son époque, s’est engagé dans la vie de la Cité, dans la vie politique de son temps comme chacun de vous y est appelé aujourd’hui. Non pas pour assouvir son désir de pouvoir, ni même pour régler ses comptes personnels ou bien ronger son frein de rancune ou de rancœur mais pour construire un lieu de Vie, un vivre ensemble… et cela demande une âme d’orfèvre qui connaît son matériaux quelle que soit sa valeur. C’est ainsi qu’Eloi a sculpté des trônes pour son roi comme des outils du quotidien. C’est ainsi qu’il prodiguait douceur et fermeté, agilité et beauté aux biens destinés aux plus riches comme aux plus pauvres, aux puissants comme aux maréchaux-ferrants.
Pour nous aujourd’hui, appelés à être des constructeurs, à être des artisans de paix, appelés à nous engager dans la construction de la Cité, où pourrons-nous, Frères et Sœurs, puiser une telle habileté et une telle douceur si ce n’est en ce visage de celui qui nous dit : « venez à moi vous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous procurerai le repos ». Ce visage est celui de ce Dieu d’Amour qui se révèle à nous en Jésus-Christ. Il nous promet « un joug aisé ». Ici à Trets, et vous l’avez amené en procession, nous avons cette belle tradition du « gaillardet ». Cette bride, si je peux dire, par laquelle on mène le cheval. Et bien Jésus nous invite à nous laisser conduire sur des chemins de Vie. Non pas en nous accablant d’un fardeau mais en nous proposant un « gaillardet » par lequel Il nous conduira en ces lieux de nourriture, d’herbe fraîche, de source de vie éternelle pour nous fortifier, nous rendre « gaillard », nous rendre en bonne santé du corps et du cœur. N’est-ce pas ce que nous allons célébrer dans l’Eucharistie maintenant ? Dieu nous y a conduit pour se donner lui-même en nourriture et nous rendre forts de sa présence. Je n’ai pas d’autre désir que de voir les artisans de cette fête de la saint Eloi et de saint Christophe devenir ces orfèvres où à travers leur fête ils puissent nous donner le témoignage de la communion, de la paix le temps d’une fête, mais aussi pour ce tous les jours, de notre village. C’est une manière d’être frères ensemble, d’être confrères, d’être membres d’une même confrérie. Amen.