Homélies

16° dimanche du Temps ordinaire. dimanche 18 juillet 2010

16° dimanche du temps ordinaire
Dimanche18 juillet 2010 à Châteauneuf-le-Rouge
Père Brice de Roux

Ecoute la Vie de ta vie
 
Les longues soirées d’été sont propices aux rencontres, aux repas entre amis durant lesquels on refait le monde, à des moments culturels uniques, à des soirées « endiablées » jusqu’à l’aube. Certaines de ces activités ne font pas de bruits, d’autres sont l’occasion, comme on l’a vu à Puyloubier la veille du 14 juillet, de voir débarquer des gendarmes afin qu’ils exercent un rappel à l’ordre qui laisse perplexe (et on les comprend vu le calendrier) les participants. Ces bruits de l’été font échos aux bruits de l’hiver qui voient l’homme contemporain vivre à flux tendu, dans une course en avant effrénée, capables d’assourdir toute une existence. Le service de Marthe nous renvoie aux bruits de nos vies et nous serions alors tentés de « tomber dans ce panneau » qui consisterait à accuser du doigt cette pauvre Marthe, dont il faudrait reconnaître qu’elle se décarcasse pour une noble cause : que son Seigneur soit servi au mieux. Dire qu’il faut privilégier Marie au profit de Marthe serait en rester à un discours moralisateur, simpliste et facile. Certes Marie a la meilleure part mais Marthe n’est pas remise en cause dans ce qu’elle vit. Jésus lui fait remarquer qu’au cœur de son travail il lui faut apprendre aussi à écouter et que le service de la nourriture ne s’oppose pas à celui de l’écoute. Comme disait quelqu’un : « quand je suis reçu à une table j’aime être nourri mais aussi écouté ». Jésus est nourri par Marthe et écouté par Marie. Le reproche qui est adressé à Marthe tient au fait que Marthe a pointé du doigt l’attitude de Marie, comme si cette attitude là était étrangère à son service. Or Marthe, à travers son œuvre, est aussi capable d’être à l’écoute des silences ou de la Parole de Dieu qui retentit, crie et vient frapper à la porte. Son agitation dit quelque chose de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle vit. Il dit aussi quelque chose de Dieu. Les bruits de nos agitations, en effet,  ne sont jamais vides de sens. Encore faut-il être à leur écoute. Que nous disent-ils ? Ce sont des religieuses Xavières qui m’ont, si ce n’est ouverts les yeux, au moins ouvert les oreilles. «Ce que me disent les humains par leur bruit ? écrit l’une d’entre elle (N° 77 de leur revue Dialogue « au cœur des  bruits du monde).  J’y entends la soif de vivre, de découvrir et la fuite devant ce qui fait mal, j’y entends aussi la désolation de la destruction, le désir de communiquer et la tentation de s’isoler, l’aspiration au davantage de vie, au davantage d’humanité, j’y entends des appels au secours et de la détresse, j’y entends ceux qui ne cherchent plus ». Voilà ce que nous sommes capables d’entendre dans l’agitation d’aujourd’hui. Des choses négatives, destructrices mais aussi, et surtout, des désirs, des envies, une soif de vivre. Entendre tout cela c’est entendre l’homme vivre. Ne plus avoir envie ou ne pas avoir envie comme on l’entend parfois de nos jours est justement ce qui enferme l’homme dans la mort. Vous savez, cette attitude qui consiste à dire : « je n’ai pas envie, ce n’est pas intéressant » qui met un point final à toute discussion, qui empêche toute sortie, toute rencontre et condamne à l’immobilisme, voire même à la paralysie. C’est de cela que Jésus est venu nous sauver en venant épouser nos désirs de vivre et nous entraîner ; et nous permettre d’en faire un chemin de vie qui porte du fruit. C’est cela que Marthe est appelée à découvrir : elle est pleine de vie, elle est capable de dire la vie, encore faut-il qu’elle sache l’écouter au cœur de ce qui fait son existence sans chrcher à pointer du doigt sa sœur Marie. Le cardinal Panafieu a écrit un livre à recommander cet été pour ceux qui veulent se mettre à l’écoute de la Vie dans leur vie : « Ecoute, mon fils, et ouvre l’oreille de ton cœur ». Un titre qui reprend la règle de Saint Benoît. Un livre qui nous aiderait au cœur des bruits du monde, de nos agitations - toutes aussi légitimes les unes que les autres - à écouter le silence qui nous parle, l’amour qui murmure comme une source, la petitesse et la fragilité de la présence de Dieu . Ce Christ au milieu de nous, « Lui, l’espérance et la gloire », pour reprendre les mots de Paul. Cette présence manifestée à Abraham et Sarah comme promesse de Vie. Il n’y aura pas de vie féconde, heureuse, qui porte du fruit si nous ne vivons pas notre vie intensément, comme un moment où l’on se donne et où on se reçoit. « La prière, écrivait donc Monseigneur Panafieu, n’est-elle pas dans l’instant accompli du temps, le fait d’éprouver l’éternité ou encore, selon l’expression de saint Cyrille d’Alexandrie : "la manière de s’exercer à la Résurrection" ». C’était tout le problème de Marthe, elle qui, à la différence de Marie avait pourtant bien vu que son frère ressusciterait au dernier jour. Jésus la reprendra à nouveau dans l’Evangile du Jour : « Je suis la résurrection » lui dira-t-il pour lui faire entendre que la Vie plus forte que la mort c’est aujourd’hui qu’elle se présente à nous, c’est aujourd’hui que nous sommes invités à la vivre. Dans ces longues soirées d’été ou bien dans la vie trépidante de nos hivers Jésus nous invite à ne pas passer à côté d’elle sans la voir, sans l’entendre, sans en vivre. Amen.