Homélies

17° dimanche du Temps Ordinaire. Dimanche 25 juillet 2010

17° dimanche du Temps Ordinaire
Homélie du 25 juillet 2010. église de Trets
baptême de Baptiste Doudon
Père Brice de Roux
 
Demander, chercher, frapper en tout temps et en tout lieu
 
Abraham aurait été très fort sur le marché de Trets le mercredi matin. Sa manière de marchander avec Dieu n’est pas qu’une histoire de gros sous. C’est une histoire de la valeur que dissimule ces hommes et ces femmes de Sodome et de Gomorrhe. Quel que soit le péché, aussi grave qu’il puisse être (et Dieu sait qu’il est grave puisque si nous avons entendu parler de Sodome ce n’est pas pour ce que cette ville a fait de bien mais pour ce qu’il y avait de tordu dans ses mœurs) ses habitants avaient, au plus intime d’eux-mêmes un prix, un trésor que rien, pas même le mal, ne pouvait leur enlever. Et Abraham connaît la valeur des choses, sait la reconnaître à la manière de ces forains qui sur le marché savent reconnaître la valeur des choses et les vendre au prix de cette valeur pour le bonheur du client qui aime la qualité du produit. Abraham, jeune homme, n’a-t-il pas su entendre, reconnaître dans son cœur cet appel intime, intérieur de sa jeunesse : « pars, quitte ton pays, ta parenté et va vers le pays que je te donnerai ». Un appel qui lui est venu de Dieu. Un appel à vivre, un appel plein de promesses, un appel du genre de celui qui traversera toute la Bible : « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un ». Un appel qui a retentit dans son cœur. Mais si Abraham a su l’entendre, si Abraham reconnaît là l’appel fondamental de son existence c’est parce qu’il l’entend avec son cœur. Il fait là, l’expérience que tout son être aspire jusqu’au plus intime de lui-même à la Vie, et le trésor de son existence consiste non pas en un bien qu’il posséderait, et qui le posséderait, mais en cette capacité à se lever en homme libre pour partir. Ce jour là son regard a perçu la fécondité, la richesse de sa vie dissimulée jusque là. Aussi, sait-il par expérience que les choses les plus importantes vont au delà de leurs apparences et que ce qui ne paraît pas encore peut toujours venir au jour. Ainsi peut-il entrer en discussion avec Dieu au sujet du sort de ces habitants. Et il discute pied à pied. Il a cette audace de se tourner vers Dieu et de lui lancer ce qu’il a lui-même expérimenté, à savoir qu’avec Dieu le plus important c’est le dialogue, c’est l’audace, c’est la demande, c’est la persévérance, c’est l’assurance que l’on vaut plus que tout. Et Abraham sait que Dieu est grand, généreux. Il provoque Dieu en sa générosité, au plus intime de sa vie : son Amour.
« Aimer quelqu’un, écrivait un jour le Frère Jean Claude Sagne, est l’œuvre de la patience, le travail de l’enfantement. » Vous en savez quelque chose, vous les parents. Vous qui avez vu un jour éclore l’amour réciproque qui vous a fait vous donner l’un à l’autre dans le mariage vécu au quotidien. Vous qui avez donné la vie et qui mettez au monde des enfants, non seulement au jour de leur naissance mais aussi à chaque instant de leur vie : les premiers pas, les premiers mots, la première écriture, la première addition sont autant d’enfantement, de patience qui dit quelque chose de votre amour.
Ce qui est vrai de vous est vrai de Dieu à notre égard. Pourquoi ne serait-il pas patient, lui qui est amour ? Patience exercé dans ce dialogue qu’il veut entamer avec nous. Patience exercée à l’égard des disciples qui lui demandent de lui apprendre à prier. Patience à l’égard du disciple invité à demander et à chercher. Patience à l’égard de celui qui se décide un jour à venir frapper la nuit à la porte. Si le disciple qui veut apprendre à prier demande à Jésus de lui apprendre à prier, n’est-ce pas parce qu’il a perçu que Jésus avait les mots justes pour lui apprendre à tourner son cœur vers Dieu ? Si celui qui demande à son Père un œuf ou un poisson a cette audace de le demander, n’est-ce pas parce qu’il a perçu la bonté de celui à qui il demande. Celui qui frappe jusqu’à réveiller son ami, ne fait-il pas cela car il a en lui cette intuition de la bonté de celui à qui il s’adresse ? La bonté de Dieu est déposée dans notre cœur comme une semence qui ne demande qu’à grandir, qui est dans les starting-blocks, comme un trésor que l’on ne voit pas toujours mais qui nous rend capable de nous mettre en mouvement vers l’auteur de cette bonté.
Vous ne demanderiez pas le baptême pour votre enfant si vous saviez que c’est quelque chose de mauvais pour lui. Ni même si vous pensiez que ce serait indifférent. On ne donne jamais un serpent à son enfant mais toujours ce qu’il y a de meilleur. Et ce qu’il y a de meilleur, vous le pressentez, vous le connaissez. Même si l’on ne sait pas toujours mettre des mots dessus, on en connaît la valeur. Demander, frapper à la porte, chercher deviennent alors ce chemin du Chrétien, de celui qui est baptisé. Sa vie n’est pas faite de réponses toute faites. Les questions, les doutes, les incompréhensions qui paralysent bien souvent l’homme deviennent alors pour le baptisé des chemins de vie. Ces questions qui se posent à nous ne nous détourne plus de la foi. Au contraire. Demander, frapper, chercher deviennent des verbes qui sous-entendent que quelqu’un m’écoute, ouvre la porte et me montre ce que je cherche. Si je n’espérais pas le trouver, je ne le demanderai pas. Ce sont des verbes qui font sortir de chez soi, qui disent la confiance et la liberté. Ce sont des verbes à vivre et le baptisé sait toujours, au plus intime de lui-même, qu’il est fait pour la vie. En tout temps et en tout lieu. « Un jour, quelque part », disait l’Evangéliste ; « aujourd’hui », « à Trets » nous dit Baptiste à travers son baptême. Amen.