Homélies

18° dimanche du Temps Ordinaire. Dimanche 1° août.

18° dimanche du Temps Ordinaire
Dimanche 1er août 2010
Fête de Saint Pierre aux liens à Peynier
Père Brice de Roux
 
Avoir trois petites monnaies en cuivre et l'audace de Pierre
 
J’ai trouvé dans le bulletin de la vie diocésaine de Natitingou (entre parenthèse, c’est la fête nationale du Bénin prions pour ce pays !) une histoire amusante. Un jeune homme désire entrer au monastère. Le maître des novices lui pose quelques questions pour vérifier s’il est prêt à tout abandonner pour devenir moine :
► Si tu avais trois monnaies en or, les donnerais-tu aux pauvres
* Oui bien sûr, père, et de tout cœur.
► Et si tu avais trois pièces d’argent
* Bien volontiers, je les donnerais, sans problème.
► Et si tu avais trois petites monnaies en cuivre
* Non, cela non.
► Pourquoi ?
* Parce que je les ai réellement sur moi en ce moment.

Comme cela fait bien écho aux textes que nous avons entendu. Non pas pour une belle leçon de morale au sujet de l’argent mais pour que nous retrouvions le sens des choses, que nous puissions découvrir où est notre vrai trésor, là où cela vaut la peine que nous donnions notre vie. L’argent dit toujours quelque chose de la vie des hommes… et c’est bien de notre vie d’homme dont il s’agit ici. Ce Dieu qui aime l’homme jusqu’à se perdre pour lui, pour le sauver vient ouvrir pour nous un chemin. Un chemin qui ne part plus de nous même mais qui part de l’autre.
L’altérité, l’éloge de la différence, voir même l’appel à la tolérance sont des caractéristiques de notre temps… et qui nous disent pourtant la pauvreté de notre époque. Simplement parce que l’autre n’est reconnu comme différent que par rapport à moi-même et non pas pour ce qu’il est. Monseigneur Rouet, dans un livre remarquable et que je recommande vivement, « j’aimerais vous dire », nous confie : « si je dis : « cette autre personne est autre que moi » quel est le sens du mot « autre ». Ne suis-je pas simplement en train d’affirmer que cette personne n’est pas moi ? En effet, je la définis par rapport à ce que je suis. Le point de référence, le point de calcul, le point de distance, c’est moi ! » ; et il ajoute « la véritable altérité demande en toute rigueur de terme d’être autrement autre que moi ». On veut bien reconnaître l’autre comme différent… en partant de soi. On veut bien faire l’éloge de la différence… tant qu’elle ne me remet pas en question, tant qu’elle ne m’oblige pas à ME donner, à M’oublier. De l’or, de l’argent : oui ! du cuivre ? Non : je suis tout d’un coup concerné. Et c’est ce que veut nous dire tout à la fois l’Evangile d’aujourd’hui et la fête de saint Pierre aux liens.
Ce qui est remis en cause ici, dans cette parabole, ce n’est pas l’attitude de l’homme riche qui voit en grand, qui agrandit ses greniers. Ce qui conduit à la mort c’est que cet espace qui appelle à recevoir l’enferme sur lui-même au lieu d’ouvrir sa vie sur l’autre. Et cette ouverture dit la qualité de relation à laquelle nous sommes appelés. Une relation qui nous sort de nous-mêmes, qui nous fait quitter tout ce qui nous entrave, nous replis sur nous-mêmes et nous donne un air rabbougri. La richesse n’est pas d’être cramponné sur soi mais, de s’ouvrir sur l’autre, jusqu’à ne considérer l’autre, non plus par rapport à moi, mais par rapport à ce qu’il est, par rapport à ce à quoi il m’appelle de déplacement, de sortie de moi-même. Alors l’espace intérieur des greniers de ma vie pourra s’élargir en des espaces insoupçonnés jusqu’à présent car ils nous appellent au delà de toute imagination, au delà de tout ce qui était prévu, compté, envisagé. C’est là toute la vie de Pierre que nous fêtons aujourd’hui. Lui-même s’est battu avec lui-même. Sur la Montagne de la transfiguration, il veut rester là avec SON Jésus. Sur le lac il veut bien aller à la rencontre de Jésus mais se trouve englouti par la peur de l’inconnu. Au bord de la rive du lac de Tibériade et de sa vie à la parole de Jésus qui lui annonce qu’un autre lui passera la ceinture pour le mener là où il ne voudrait pas aller, il a encore un regard vers le disciple que Jésus aimait avec cette parole enfantine teinte de crainte et de jalousie : « et lui… » « que t’importe, Toi suis, moi ». La clef que lui donne Jésus est celle du Royaume des cieux et non pas celle des greniers où les hommes entassent ces sécurités trop vite rongées par les mites. Une clef pour ouvrir en nous ces entraves qui nous isolent les uns des autres. Une clef pour dénouer nos liens. Amen.