Messe de la veille de Noël à Trets (19 h)
Père Brice de Roux
Ce soir, un visage nous appelle à entrer dans la Vie
Quelle est longue la liste des ces hommes et de ces femmes qui se sont transmis la vie de génération en génération ! Transmettre, n’est-ce pas ce que nous sommes en train de faire ici ce soir. Transmettre des traditions qui par définition sont des choses qui bougent et nous font bouger. Qui nous font bouger en allant à la rencontre de l’autre. Cette Terre de Provence en laquelle nous sommes implantés est une terre d’hommes et de femmes déracinés qui ont trouvé une terre pour y planter leur racine. Ces hommes et ces femmes de Provence sont comme la sainte famille : en perpétuel déplacement. Qui, dans nos racines, peut dire qu’il n’a pas un ancêtre qui vient d’ailleurs. Tretsois de souches pour certains, tous nous avons nos racines ailleurs déplacées ici pour y trouver l’épanouissement que nous lui connaissons. Comme à Bethléem transformé à l’occasion en un carrefour de peuples venus se faire recenser, la Provence a toujours été ce carrefour où chacun a pu trouver où se poser, s’adapter, s’adopter et vivre comme une grande famille.
Mais de quelle tradition s’agit-il ? Mais que voulons nous nous transmettre en cette nuit de Noël ? Nous ne voulons pas nous transmettre un savoir mais une envie. Ce n’est pas une masse de choses que nous voulons nous transmettre, ce n’est pas un enseignement, ce n’est pas une leçon. C’est une envie. Au sens « d’entrer dans la vie ». Plus qu’une envie, un désir, un dynamisme mais vis à vis duquel nous ne voulons pas rester à l’extérieur . J’ai été heureux de nos répétitions trop courtes pour cette messe du soir ;de cette bonne humeur qui vous habite à la chorale, de ces mots dont vous avez le secret, de cette manière tout à la fois de se plaindre, de galéjer et de rire. C’est cette envie, c’est cette vie qu’il nous faut nous transmettre les uns les autres ce soir mais aussi tous les jours qui font notre quotidien. Cette vie, elle a pour nous un visage et un nom : le visage d’un enfant, le nom de Jésus qui veut dire « le Seigneur Sauve ». Un visage qui nous invite à la confiance, à la joie, à l’abandon, à la tendresse, à la vie et à la vie qui ne finit pas. Car c’est cela ce que signifie « Jésus ». Il est un verbe, c’est à dire une parole qui n’est pas en l’air mais qui s’implique, s’engage dans la vie et la chair des hommes afin que la vie des hommes entre dans la vie de Dieu. Dieu verbe de notre vie entre ce soir dans notre chair pour que nous puissions avec ce qui fait la trame de notre existence, entrer dans le verbe de Dieu, dans la vie qui ne finit pas. Pour que nous soyons un peuple réveillé de sa torpeur, de ses entraves, de ses replis sur soir, un peuple qui a envie. Envie, soif, faim de justice, de paix, d’amour, de tendresse. Ce soir un enfant tourne vers nous son visage pour susciter au plus intime de nous-même ce qui nous met debout et nous lance en avant. Alors en chantant « ces chants mélodieux » comme le disent « les anges dans nos campagnes », en nous unissant comme ce soir en des chants de notre terroir, que nous puissions nous réveiller demain, le cœur habité par ce désir de construire un monde plus juste et fraternel, par ce désir qui nous fait aller à la rencontre des uns et des autres, par ce désir qui nous fait sortir de nos maisons, par ce désir qui nous fait sortir de nos égoïsme, par ce désir d’entrer dans nos églises quand les cloches nous y appellent pour y célébrer une communion d’hommes et de femmes qui aiment la vie et savent la transmettre. Amen.