Noël samedi 25 décembre. messe du Jour de Noël.
Homélie de la messe du Jour de Noël
Trets, le samedi 25 décembre 2010
Père Brice de Roux
Penser en l’homme pour penser en Dieu
J’ai un ami qui a des moutons. Nous discutions de la Messe de minuit. De la possibilité ou non d’y emmener des moutons. Et je lui disais, face à ses objections quant aux réactions imprévisibles d’un mouton dans une église, que de fait un mouton c’est un mouton…c’est pas très malin !!! Et lui de me répondre. Non. La question avec les moutons, c’est qu’il faut faire l’effort de penser « en mouton ». Et de fait, alors, là tout va mieux. Eh bien, ce qui est vrai des moutons, est aussi vrai pour Dieu. Le cardinal Balthazar aimait dire « le chrétien doit d’abord apprendre à considérer les autres hommes et les choses par les yeux de Dieu ». Voilà un chemin de conversion toujours possible pour nous. Quitter ces contingences, ces manières de penser, de juger, d’étiqueter, de correspondre à des catégories bien définies pour entrer dans un regard plus large, plus généreux, plus « grand Seigneur ». L’homme que nous sommes a tout à gagner à entrer dans la logique du cœur de Dieu. Ce n’est pas que nous allons découvrir qu’il n’existe plus de frontières entre nous. Mais c’est que ces frontières ne seront plus des obstacles. Mieux encore, pour reprendre un petit ouvrage formidable de Régis Debray, nous aurons des frontières qui correspondront à notre nature, qui seront définies selon des principes qui ne sont plus restrictifs mais qui permettent à chacun de pouvoir vivre.
En ce jour de Noël, Dieu réinvente les frontières entre Lui-même et les hommes, et entre les hommes entre eux. Il ne les invente pas selon un coup de baguette magique, ni même à force de réflexion. Il les invente en se donnant, jusqu’à penser l’homme, l’humanité que nous sommes. Il se fait homme pour penser en homme et permettre à l’homme de penser en Dieu. Lui-même vient alors pour habiter le regard de l’homme de sa présence. Son cœur dans notre cœur, ses yeux à travers nos yeux, sa Vie à travers notre vie : voilà ce qui s’est passé cette nuit et se passe encore ce matin. L’homme est devenu capable de Dieu, capable de son regard. La présence de Dieu faite chair a transformé la chair. Elle peut dire, vivre Dieu.
Vous baptisez un enfant fruit de votre chair. Quand vous aimez, vous faites l’expérience de Dieu. Depuis la nuit des temps. Mais nous ne savions pas que l’amour était le visage et la vie de Dieu. Son nom, même. L’enfant de cette nuit provoque auprès de tous ceux qui viennent se prosterner l’amour dans notre Cœur. Dieu ne se contente pas d’être l’Amour. C’est énorme mais ce serait jouer « petit ». Dieu vient nous provoquer à l’amour. Comment résister ? Qui l’accueillera ? Tout ceux et toutes celles qui veulent que leur vie soit à cette dimension de l’amour, tous ceux et celles qui veulent réussir leur vie ; car c’est cela qui est en jeu. Cela qui est en jeu dans la vie de Morgane mais aussi en chacune de nos vies. Et l’Amour est toujours quelque chose de personnel. Dieu a quelque chose à nous dire de personnel parce que l‘amour est de cet ordre là. Il l’écrit dans notre cœur au jour de notre baptême, nous apprend ensuite à le lire seul et avec d’autres. Il le lit aussi avec nous. Plus encore il nous donne de le mettre en œuvre tous les jours de notre existence. Merci de ce cadeau que vous faites à Morgane. Mais elle veut pouvoir compter aussi sur vous pour le vivre avec elle. Pour cela, il vous faudra faire cette expérience de conversion intérieure pour apprendre à penser comme elle mais aussi comme Dieu. Amen.