Homélies

Messe de la Nuit de Noël à Puyloubier

 

Père Brice de Roux
 
L’amour a le visage de celui qui écoute
 
Cette nuit, Dieu vient entamer un dialogue avec chacun d’entre nous. Pas de l’interactivité comme les émissions de télévision nous le proposent souvent dans le seul but non avoué de capter le public, autre manière de lui confisquer la parole. Pas de la tolérance tel qu’on nous le rabâche si souvent en oubliant que tolérer ce n’est pas accepter, comprendre et accueillir mais bien plutôt le synonyme de supporter en souhaitant que cela cesse au plus vite. Le vrai dialogue est celui qui est capable non seulement de dire mais aussi d’écouter. Et en Jésus petit enfant, Dieu va écouter l’humanité. Dieu le tout puissant, qui n’a besoin de personne pour exister, Lui le créateur de toutes choses va se mettre à l’écoute de l’humanité. Dans les bras de Marie sa Mère. Avez vous déjà pris un enfant dans vos bras ? Faites, cette expérience ces jours ci. Et dites-vous que Dieu s’est fait petit comme ça. Dieu a porté son regard sur sa mère. Un regard de tendresse. Un regard qui demande à manger. Un regard qui attend tout de l’humanité : Dieu le Tout Puissant s’est livré en cette nuit, dépendant de la vie des hommes pour les rejoindre jusque là. En cette nuit surgit alors un dialogue inédit entre Dieu et les hommes. Un dialogue au cœur duquel l’écoute est posé en premier. Un dialogue au cœur duquel l’humanité retrouve un nouveau jour. Un dialogue au cœur duquel l’humanité vient au jour. Un dialogue qui fait accoucher l’humanité de son vrai visage. Loin de la satisfaction de ces désirs immédiats, loin de cette logique de consommation dans laquelle on s’adresse à l’homme pour qu’il entende ce qu’il a envie d’entendre : la venue de cet enfant provoque l’homme, le dérange, le bouscule en un endroit de sa vie où il ne s’y attendait pas. Un couple qui vient d’accueillir un enfant me disait un jour : lorsque nous nous sommes mis ensemble nous pensions que ce serait une révolution de vivre à deux. Mais quand notre enfant est né, ce fut là, vraiment, une véritable révolution ! La nuit, le jour, à tout instant nous étions convoqué au chevet de notre enfant pour croiser son regard, pour lui apporter une parole, pour se mettre à son écoute et discerner ce qu’il demandait ». La dépendance d’un enfant, la faiblesse de celui-ci est habitée d’une force incroyable capable de changer le cours d’une vie. Et c’est bien ce qui se passe en cette vie de Noël : le cours de la vie des hommes vient de changer. Que nous ayons fondé une famille ou non, que nous ayons des enfants ou non, en cette nuit de Noël, nous sommes tous comme Marie et Joseph convoqués au chevet d’un berceau pour y découvrir ce que nous oublions si souvent : l’amour peut illuminer une vie, l’amour peut bousculer une vie, l’amour a le visage de celui qui écoute, attend, espère, demande et reçoit, l’amour est fragile, l’amour nous appelle à sortir de nos indifférences pour entrer dans un dialogue avec lui. Un dialogue dans lequel nous ne ressortirons pas comme avant. Pour dialoguer il faut être deux, il faut parler le même langage, il faut encore accepter que la proposition de l’autre soit recevable, qu’il y ait en elle quelque chose pour nous qu’il nous revient de discerner et d’accueillir loin de cette attitude qui balaye d’un revers de la main comme sait le faire celui qui croit tout savoir. En cette nuit de Noël, nous nous découvrons ignorant et affamé des choses de l’amour qu’un enfant est venu nous réapprendre. Amen.