Messe de Minuit Noël 2011
Messe de Minuit
Noël 2011
église de Puyloubier
Père Brice de Roux
Noël, lumière dans la rencontre...
Cette nuit est une nuit de la rencontre. Rencontre de Marie et de Joseph, de l’ange et des bergers, de l’âne et du bœuf, du divin et de l’humain. Rencontres au travers de ces crèches faites dans nos maisons dont l’histoire nous a été racontée tout à l’heure par Monique. Tous y sont représentées : du maire (et je salue ici Monsieur le Maire de Peynier !) au curé en passant par l’instituteur, la poissonnière, la boulangère, le meunier, les bergers et que sais-je encore. Monique a raison lorsqu’elle raconte l’histoire des crèches en disant que Jésus est né en Provence. En cette nuit de Noël il naît ici et là bas, partout où le cœur d’un homme, d’une femme est capable de s’ouvrir et de l’accueillir. Il vient et Il nous fait sortir de nos ténèbres comme une lumière attire à elle. Etoile qui conduit en un pays merveilleux celui du cœur de l’homme capable d’échanger, de fructifier, de grandir, de s’ouvrir, de donner, de recevoir, de parler, de marcher, de se mettre à genoux, de se mettre debout, de vivre. La fête de cette nuit n’est pas celle des anges, ni même celle de Dieu : elle est la fête d’une humanité renouvelée, habitée, aimée, riche d’une rencontre rendue possible uniquement par amour. Elle est la fête de ceux et celles qui croient en l’homme. Et si elle est la fête de Dieu c’est parce que Dieu vient au milieu de nous pour se révéler comme étant le premier de tous à croire lui aussi en l’homme. Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est né. Un monde qui n’est plus celui des frontières et des bagarres en tout genre. Un monde où la bêtise des hommes, l’ignorance et le mépris n’ a plus sa place. Même les croyants et les non-croyants se retrouvent en cette nuit à l’instar de l’enfant qui joue sur le nid du serpent comme aime nous le relater le prophète Isaîe. Promesse pour aujourd’hui. Toute frontière est ici abaissée, déjouée par l’un des plus petits et des plus faibles d’entre nous. Un enfant. Signe et le seul, que nos petitesses et nos pauvretés ne sont plus des obstacles à la venue de Dieu. Mieux encore, quand Dieu vient c’est en ce lieu là qu’il se donne.
Beaucoup de nos contemporains le cherchent pourtant. Non par manque de foi en Dieu mais peut-être par manque de foi en l’homme. Désespérés, perdus, aveuglés, ils cherchent Dieu là où il n’est pas. Ils ne voient plus cette humanité qui est la nôtre et le cherche à côté de celle-ci ou au dessus. C’est ce que nous apprend l’expérience des bergers. Ils ont trouvé Dieu dans leurs champs, leur quotidien devenu un « poulit concert » (comme l’a si bien déclamé Corentin tout à l’heure) par la présence de la gloire de Dieu. Dieu n’est pas venu dans ce quotidien pour les y enfermer. La lumière dont ils ont été les témoins les a mis debout et en marche pour gagner cette étable qu’ils connaissaient si bien. En cette nuit de Noël, ce n’est pas Dieu qui descend avec condescendance au milieu des hommes, c’est l’humanité tout entière qui est convoquée, dérangée dans son sommeil, habitée et qui se met en marche, qui monte à la rencontre d’elle-même. Qu’est-ce que peut apporter le visage d’un enfant si ce n’est la révélation de ce que nous sommes ? C’est le grand mystère éprouvé par ceux et celles d’entre vous qui sont papa ou maman et en ce sens j’ai été heureux qu’Ambroise et Méryl aient accepté de venir avec leur petite Clarisse tout à l’heure pour « jouer la sainte famille ». En cette nuit de Noël, ce n’est pas Dieu qui change. Il est toujours là : il était, il est. Il est cette lumière qui éclaire ce que nous sommes et nous donne de découvrir ce que nous ne savions pas encore sur nous-mêmes. Il met au jour une humanité nouvelle car elle prend conscience de ce dont elle est capable. Capable de s’émouvoir, capable d’avoir du cœur, capable de venir au berceau d’un enfant pour y découvrir le berceau d’une vie nouvelle. Ce qui change, c’est cette lumière qui fait irruption dans notre vie et vient habiter notre regard. Comme le disait si bien le philosophe Gustave Thibon, « ce n’est pas la lumière qui manque à notre regard, c’est notre regard qui manque de lumière ». Le mystère de Noël, n’est pas un mystère qui vient nous éclairer d'en haut, il est un mystère au cœur duquel la lumière se donne. Lumière pour éclairer les hommes et les femmes que nous sommes, Lumière pour éclairer nos pas, Lumière pour nous mettre en route, Lumière pour cette rencontre que nous avons à vivre : une rencontre avec nous-mêmes. En cette nuit, Dieu rend à l’homme son humanité et transforme notre regard sur elle. Amen.